Celui qui prétend “sauver la retraite par répartition” a des liens d’intérêts avec ceux qui veulent développer la retraite par capitalisation

Il aurait consulté les “déontologues” du gouvernement pour s’assurer que ça ne faisait pas conflit d’intérêts, et ils auraient dit non. Nous voilà rassurés ! La bénédiction des mêmes qui ne voient pas de souci à ce que le premier ministre soit un ancien lobbyste du nucléaire, le président un ancien banquier d’affaire et la sécrétaire d’Etat à l’écologie une ancienne lobbyste de Danone, ça vaut son pesant d’or.

Récapitulons : grâce au journal le Parisien, on sait que Jean-Paul Delevoye, ministre chargée de la réforme des retraites, a “oublié” de préciser dans sa déclaration d’intérêt, publiée samedi sur le site de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), qu’il était administrateur de l’Institut de formation de la profession assurance (Ifpass) depuis 2016. Autant dire que ce monsieur entretient des liens tout à fait privilégiés avec le secteur assurantiel, le même qui est fort intéressé par la réforme des retraites.

On vous le disait dans notre décryptage de la réforme des retraites, le secteur est enchanté par ce qui se profile : « Le gouvernement a mis de la lumière au bout du tunnel », a dit Olivier Mariée, directeur des ventes et de la distribution d’AXA France, aux Echos début octobre. Il faut dire qu’une mesure adoptée l’année dernière et passée relativement inaperçue a boosté l’offre de retraites par capitalisation : la loi PACTE, plus connue par les privatisations qu’elle contenait que par cette disposition, a simplifié la législation des fonds de capitalisation.

Un an avant sa réforme des retraites, le gouvernement a donc permis le développement du secteur… et a fait immédiatement le lien entre les deux : en mai 2018, Jean-Paul Delevoye, le concepteur de la réforme, expliquait réfléchir à obliger certains citoyens à basculer vers la capitalisation « La question se pose pour les plus gros salaires qui excéderaient un certain plafond (au-dessus de 120 000 € de revenus, 160 000 € ou plus), ce qui doit encore être arbitré ». Les riches et les personnes aisées pourraient donc cesser, avec la bénédiction du gouvernement, d’être solidaires du régime, qui deviendrait une caisse de cotisations des revenus bas et moyens.

Sur le site de la HATVP, on apprend aussi que Delevoye touchait 5368 euros par mois comme président d’un think tank, “Parallaxe”. Il s’agit de l’émanation d’une société qui se nomme HEP éducation et qui vise à “définir, faire vivre et évaluer l’impact d’un nouveau modèle éducatif articulé autour des valeurs.” Et ces valeurs sont au nombre de trois “Humanisme, Entrepreneuriat, Professionnalisme”. Alors ça, c’est original. Et dites vous que Delevoye n’en est que “président d’honneur” à en croire leur site. 5000 euros mensuel pour l’honneur : autant vous dire que la pénibilité au travail, ce n’est pas son truc.

Bref, cet homme qui touchait plus de 5000 balles net pour être “président d’honneur” d’un think tank qui, à regarder internet, n’a quasiment aucune production intellectuelle à son actif (dans think tank il y a pourtant “think”), est devenu ministre émargeant à 10 000 euros brut mensuels cumulés à ses pensions de retraites et a oublié de mentionner ses liens (et les rémunérations afférentes) avec le monde l’assurance… cet homme est celui à qui on devrait “faire confiance” pour avoir une réforme “juste, équitable, universelle” et “prenant en compte la pénibilité”.

Il semble aussi que Monsieur Delevoye ait oublié de déclarer sa présidence d’honneur de l’Institut du Foutage de Gueule (IFG).


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