A Frustration, nous avons été agréablement surpris par les initiatives du Monde ou du Point d’ouvrir leurs colonnes à des écrivaines bourgeoises afin qu’elles racontent comment elles vivaient leur “confinement”. A notre sens, il apparaît que c’est là un genre littéraire nouveau qui s’ouvre, et nous souhaitons être de la partie : les petits fours de Saint-Germain-des-Près sont à tout le monde non ? En plus, c’est important de donner la parole à la bourgeoisie durant l’épidémie, elle qui est si absente de nos médias en temps normal ! Nous avons donc décidé d’ouvrir nos colonnes à plusieurs bourgeois confinés car c’est tous ensemble qu’il faut résister, c’est pour la bourgeoisie et son confort qu’il faut lutter !

Jour 1

“Le charme des vieilles bicoques” : c’est ainsi que Louis-Charles s’est esclaffé, ce matin au réveil, alors que nous ouvrions les volets grinçants de notre résidence familiale (nous aimons dire que c’est notre maison familiale car elle a le charme de l’ancien, mais nous l’avons achetée il y a 5 ans, quand Louis-Charles est passé directeur). C’est une petite maison sans prétention sur l’Île de Ré, et elle comporte quelques rusticités dont nous allons devoir nous accommoder, et pour plusieurs semaines, à en croire Le Monde. Enguerrand et Tubéreuse sont ainsi contraints de partager la même salle de bain ! Je les regarde se chamailler tandis que je consulte ma tablette, installée sur notre terrasse donnant sur le phare des Baleines. Il nous a fallu déplier nous-mêmes le mobilier et une énorme araignée velue s’est échappée de la chaise longue : quelle frayeur !

Je reçois quelques pathétiques SMS d’excuse de Rosine, notre “aide-ménagère”, comme on dit de nos jours. Nous laisser tomber dans de telles circonstances : quel égoïsme !

Face à moi, Louis-Charles termine son call et pose rageusement son Iphone sur la table basse en rotin. Il fulmine, insensible à la beauté qui nous environne et au parfum enivrant de l’océan qui s’ouvre à l’infini sur notre horizon. “C’était ce con de Jean-Louis : le salopard de délégué syndical de Blois a annoncé le droit de retrait des collaborateurs de tout le site ! Comment ils ont pu laisser se produire une chose pareille ?! A quoi ça sert qu’on finance une CFTC locale si c’est pour que ce genre de truc arrive, vingt dieux !”. Rouge, stressé, les lèvres serrées, Louis-Charles n’a plus rien de l’homme sûr de lui, déterminé et posé dont je suis tombée amoureuse à HEC : cette épidémie est à deux doigts de briser notre famille.”