Comment l’industrie agroalimentaire a intoxiqué mon enfance #1 : les “céréales”

L’industrie agroalimentaire n’est pas dirigée par des enfants de coeur, on le sait désormais tous. D’abord parce que leur business est très polluant – les 10 plus grands groupes agro-alimentaires émettent à eux seuls plus de gaz à effet de serre (ce truc qui grille notre planète à petit feu) que la Norvège, la Suède, le Danemark et la Finlande réunis, selon un rapport de l’ONG Oxfam International. Ensuite, parce qu’ils maltraitent les animaux, que cela soit à travers l’élevage ou l’atteinte que leur agriculture productiviste provoque chez les animaux sauvages. Enfin, parce que leurs produits maltraitent nos corps en modifiant nos habitudes alimentaires. L’obésité est devenue un problème mondial, non pas parce que les millions de gens qui en sont victimes « ne se bougent pas assez », mais parce que le sucre est devenu omniprésent dans les produits sans saveur qu’une dizaine de groupes multinationaux nous vendent à moindre coût, tout en s’assurant de confortables marges. Pour sortir des généralités, nous avons choisi d’illustrer cette réalité par le biais de quatre produits qui ont eu une place centrale dans l’alimentation d’un jeune ayant grandi dans les années 1990 et la première décennie des années 2000 : l’auteur lui-même.

# 1 : Les céréales : “Et paf, ça fait des addicts !”

Quel gosse n’a pas eu droit à son paquet de céréales du matin, ou du moins, ne l’a pas réclamé ? Chaque matin sur France 3, la marque Kellog’s en mettait plein la vue des gamins de tout âge à peine sortis du lit, entre deux épisodes de Franklin la tortue. La grenouille des Smacks, le lion des Frosties, l’abeille sympa des Miels Pops… Ces mascottes publicitaires s’insèraient à merveille dans nos programmes matinaux pour recommander, tout feu tout flamme, de « commencer la journée avec des céréales et un grand bol de lait ! ».

On aurait pu aussi mettre des curly à la place du sucre, (mais on a été soft).

Le discours ne s’adressaient pas aux enfants, plutôt obnubilés par le jouet que chaque paquet recelait, mais bien aux parents. Car paradoxalement, les grandes marques ont surfé sur l’injonction qui leur était faite de bien nourrir leurs enfants le matin. Le lait et les céréales semblaient, a priori, des aliments inoffensifs. C’est ce que m’a expliqué ma mère lorsque je suis revenu avec elle sur ce passage obligé de mes matins d’enfance. Commerçante débordée, elle n’avait pas le temps de composer un petit déjeuner fait maison et se disait que les céréales représentaient le meilleur compromis. Toute la stratégie des vendeurs de confiseries sucrées nommées “céréales” repose sur la difficulté qu’ont les parents à faire avaler quelque chose le matin à leurs enfants. Que cela soit par manque de moyens, de temps, de connaissance alimentaire sur ce qu’il convient de donner, le petit dej est une vraie galère pour la plupart des gens. Les “céréales” viennent offrir une solution peu coûteuse et clef en main aux consommateurs.

Et à l’époque, rien ne leur disait de ne pas y recourir. Il a fallu attendre les années 2010 pour que 60 Millions de consommateurs alerte sur la nocivité de ces céréales, hyper bon plan des industriels étant donné leur faible composition. Elles sont en effet dotées d’un Indice glycémique beaucoup trop élevé. Cet indice mesure l’assimilation des glucides par l’organisme. Plus il est important, plus la vitesse à laquelle un aliment libère du glucose dans le sang est élevée. Il s’ensuit des pics de glycémie qui, en activant la production d’insuline, perturbent notre métabolisme. Autrement dit, les céréales le matin, c’était un gros shoot de sucre avant d’aller bosser.

Pas de quoi tenir toute la matinée avec un « tigre en soi », comme nous le racontait pourtant la mascotte des céréales Frosties. Pour ma part, cela s’est traduit par une somnolence dès la récré de 10h. D’autres n’ont pas eu cette chance car l’addiction au sucre des enfants est responsable notamment de l’obésité et du développement de diabète. L’augmentation de ces pathologies n’est pas étrangère à l’imposition des céréales dans nos vies. Il faut dire que très concrètement, la consommation d’un bol de 50g de Smacks servi par la gentille grenouille revient à avaler 4 morceaux de sucre dans du lait, soit deux à trois fois plus qu’une petite tasse de café d’adulte… Kellog’s et consorts auraient-il préparé des générations d’addicts pour les autres aliments sucrées que l’industrie agroalimentaire peut leur proposer tout le reste de leur vie ?

Dans cette publicité du début des années 2000 on peut, avec le recul, s’imaginer que l’auteur tentait de nous avertir des méfaits de l’addiction au sucre. Regardez comme cette pauvre grenouille pète un câble face à ses céréales !

Ces faits restent peu connus, car le lobby des producteurs de céréales de petit déjeuner est bien organisé et maintient encore un véritable monopole de l’information en la matière. A commencer par la possibilité pour eux d’appeler “céréales” ce qui est en réalité un paquet de mini confiseries ultra sucrées. Dans un article de 2015, le Huffington Post donnait la composition idéale d’un bon petit déjeuner pour des enfants en forme en se basant sur une étude de Matins Céréales, qui est le lobbies des principales marques de céréales sucrées, dont Kellog’s, sans évidemment le préciser. Pour l’éthique journalistique, on repassera. Le site de ce lobby est le mieux référencé sur Google : c’est le premier résultat lorsque l’on se demande si les céréales sont mauvaises pour la santé. 

La nocivité des “céréales” reste encore un secret bien gardé.

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