Éditocrate chaud cherche usager exaspéré pour un plan décrédibilisation du mouvement social à 20h

Triste période pour les éditocrates et rédactions en chef : tels des ados en rut des années 90 tapant 3615 Ulla pour contenter leurs hormones, ils envoient stagiaires exploités et pigistes sous-payés leur trouver de quoi prouver que la grève est impopulaire, que les gens sont exaspérés, que la CGT mange des chatons tigrés. Et la pêche est hyper mauvaise : Avec 68 % d’opinions favorables, la grève qui « met à rude épreuve » le « corps des franciliens », comme nous raconte le Parisien, ne peut plus être décrite comme le fait d’une minorité radicalisée de losers réfractaires au changement. À quoi ça sert d’acheter des journaux en faillite si on n’arrive même plus à les faire baver sur les syndicats ?! Les actionnaires doivent s’impatienter, tout comme les gros donateurs de Macron qui aimeraient que leurs chèques de 2017 portent leur fruit pour qu’un bastion du modèle social français s’effondre sous ses coups. Alors on multiplie sans vergogne les méthodes foireuses pour établir l’impopularité de la grève, afin de la provoquer :

Méthode n°1 : un bon vieux classique, le sondage à question biaisée.

Quand on demande aux gens s’ils soutiennent la grève, cela donne un résultat plus que décevant. Du coup nos fins limiers s’y prennent autrement et font dans l’innovation sondagière. Ils demandent par exemple s’ils sont « pour ou contre réformer notre régime de retraites ». Bingo : 76 % sont pour, ce qui fait titrer Orange Actu « 76 % des Français favorables à la réforme des retraites ». Minute papillon ! Nous qui sommes pour une réforme rétablissant le départ à 60 ans et étendant les dispositions avantageuses des régimes spéciaux à d’autres métiers pénibles, nous ne sommes pas pour la réforme du gouvernement. Pourtant nous répondrions oui, alors que nous sommes… contre. Ça n’a pas empêché une dizaine de titres d’arborer ce chiffre comme preuve de soutien au gouvernement :


Ajoutons à cela que le mot « réforme » implique nécessairement une amélioration, et c’est le Larousse qui le dit « Changement de caractère profond, radical apporté à quelque chose, en particulier à une institution, et visant à améliorer son fonctionnement ». Donc, finalement, quand 76 % des Français se disent favorable à réformer, ils sont nécessairement CONTRE la réforme du gouvernement qui réduit la durée de nos retraites, non ? Nous aussi on peut jouer avec les chiffres, Christophe Barbier.

Si vraiment vous êtes attachés aux sondages, Eric Brunet vous propose une solution sans risque : le sondage façon Corée du Nord

C’est Oui ou c’est Oui ?

Méthode n°2 : Le traitement médiatique catastrophiste des effets de la grève en Île-de-France .

Alors là, on se fait plaisir à BFM TV, et en plus pour pas cher ! Rendez-vous compte : quand il s’agit de chroniquer les inondations dans le Gard, il faut envoyer des vrais journalistes sur place, acheter des bottes, interviewer des gens dont on ne comprend pas l’accent. Pour les grèves en Île de France, c’est beaucoup plus simple : filez une GoPro à votre journaliste et il filmera son propre trajet : c’est tout bénef. 

Upper Class Hero

Sinon, se poster au niveau d’une porte de RER bondé et filmer la cohue, ça marche aussi. L’objectif étant de susciter l’empathie du lecteur : si les gens ne sont pas exaspérés pour eux-mêmes, peuvent-ils enfin l’être pour les autres ? 

On notera que les traditionnels micro-trottoirs fonctionnent assez mal : France Info avait ainsi trouvé le couple idéal pour faire pleurer dans les (riches) chaumières : « Yveline et Jean-Paul sont en face du panneau d’affichage, le couple a carrément pris les devants. “On voulait partir à la montagne pour les vacances, mais du coup, on reste chez nous. ». Ils ont « carrément » pris les devants en annulant leurs vacances au ski, un des trucs qui fout le plus la chiale au petit Paris bourgeois pour qui décembre à Megève est un acquis social (alors que seul 8% des Français partent au ski au moins un an sur deux).

Mais pas de chance, en continuant notre lecture, on apprend que «  Yveline, malgré l’annulation, assure comprendre la grève ». Bordel Yveline, tu chies dans la colle ! Rassurez-vous, journaliste à France Info c’est un métier, donc seule la première partie de l’histoire figurera dans le titre de l’article : bonjour le ras-le-bol et la compréhension s’envole !

Dans le titre, Yveline ne comprend plus le mouvement, elle en a juste “ras-le-bol”.

Méthode n°3 : en dernier recours, invoquer l’esprit de Noël.

Quand les reportages larmoyants ne fonctionnent pas, que les bidonnages de sondages ne donnent pas les résultats escomptés, il ne reste plus à l’éditocratie et à certaines rédactions qu’un seul recours :petit papa Noël. S’adressant au gosse qui sommeille en chaque Français et qui, enfant, n’avait pas demandé dans sa lettre une grève générale pour Noël, il tente de leur assurer que la CGT va gâcher la fête. C’est encore une fois ignorer que pour la majorité des gens, Noël constitue un stress budgétaire assuré, un moment potentiellement tendu en famille et une indigestion probable. Pour véritablement apprécier Noël, fête où se cristallisent des problématiques sociales ou familiales vécues tout au long de l’année, il faut être plutôt aisé, avoir une famille unie et une grande maison (Mais ça, on vous en reparlera prochainement). Mais comme les éditocrates souffrent d’un terrible manque de sensibilité sociologique, ils obtiennent ce genre de foirage :

Caramba, encore raté !

Si les éditocrates n’étaient pas des gens payés une blinde pour poser leur cul sur un strapontin afin de débiter leurs petites opinions bourgeoises sur le monde qui les entoure, avec pour seule documentation Twitter, le Point et leur dernier dîner de gala, ils sauraient que cette année, retourner l’opinion contre la grève sera pour eux un marathon.

Et ce, pour des raisons sociologiques et politiques simples : Par le passé, les classes laborieuses étaient divisées en deux camps souvent distincts. D’un côté, les salariés des petites entreprises, les artisans et les indépendants et, de l’autre, les salariés des grandes entreprises et du public, davantage syndiqués et politisés. Le grand jeu a longtemps été, pour la bourgeoisie, d’opposer les deux : l’artisan qui bosse contre le salarié qui glande, le salarié qui trime contre le fonctionnaire qui se touche. Un gars comme Nicolas Sarkozy a longtemps été l’expert en la matière. Sauf que, depuis, le mouvement des gilets jaunes est passé par là. Composé en son cœur d’indépendants, de salariés non syndiqués et de petits chefs d’entreprise, c’est lui qui a relancé la contestation contre les politiques sociales libérales et bourgeoises. La grève qui a débuté le 5 décembre, et qui mobilise principalement la seconde catégorie, se situe dans la lignée de leur mouvement, et ils le savent.

Autour d’un même objectif, les classes populaires sont unies et sont en train de devenir une seule et même classe laborieuse, solidaire et organisée, n’en déplaise aux éditocrates en chaleur.

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