Face au Covid-19, les travailleuses et travailleurs du sexe en péril

Crédit photo : Marianne Fenon

En cette période de confinement et d’épidémie, beaucoup de travailleuses et travailleurs du sexe ne peuvent pas exercer. Les restrictions accroissent une précarité déjà présente.

Une situation déjà précaire

Célia reçoit habituellement ses clients chez elle. Elle a elle-même été contaminée. Quand elle a découvert l’origine de ses symptômes, elle a immédiatement prévenu ses clients par texto rédigé un message sur son site pour indiquer qu’elle ne recevait plus. “Entre temps, le confinement est arrivé, donc c’est parti pour au moins un mois”, prévoit-elle.

D’autant que les appels de clients avaient déjà commencé à diminuer un mois auparavant. “Et puis, il y en a qui essayent de négocier parce qu’ils estiment qu’on ne doit pas avoir beaucoup de clients, à l’image de ceux qui profitent de la loi de pénalisation des clients pour demander du sans capote”, se désole-t-elle.

L’arrêt est d’autant plus brutal qu’elle commençait à peine à se “remettre de la perte de revenus provoquée par la loi de pénalisation des clients”. De plus, le printemps est d’ordinaire la période qui lui rapporte le plus. “C’est la saison où je mets des sous de côté pour le reste de l’année, où je rembourse mes dettes”, détaille Célia.

Passer à la webcam ?

Pour faire face financièrement, Célia se met à la webcam, avec une certaine appréhension : “J’ai installé le matos dans la salle où je le fais d’habitude, mais aucune idée de si je vais y arriver, je n’en ai jamais fait“. Elle craint également que ce passage à la cam, “en mode survie”, ne lui permette pas de prendre toutes les précautions nécessaires pour préserver son anonymat.

D’ailleurs que Tan, fondatrice de l’association Polyvalence, signale sur Facebook que “les plateformes de paiement peuvent exposer l’identité et/ou fermer le compte sans notification préalable”. Un risque compliqué à prendre quand “Pornhub étant désormais gratuit, les chances d’être sollicité.e pour un show sont réduites”. Et puis, “comment bosser à domicile (en cam), quand les enfants sont présents ? Les colocs, les conjoint.e.s…?”, s’interroge Tan. 

Des difficultés qui risquent de s’installer dans la durée

Même changements d’habitudes du côté des clients. “J’en ai eu certains qui m’ont dit que leur femme était passée en télétravail, donc ils n’ont plus d’excuse pour s’absenter”, note Alma*. Et elle craint que ça dure même une fois l e confinement terminé. Sa clientèle se compose pour l’essentiel d’hommes blancs cadres supérieurs et âgés entre 40 et 55 ans. Elle redoute qu’après cette crise pour l’économie et une éventuelle réplique de l’épidémie, leurs venues soient moins fréquentes, car “on fait partie du budget loisir”, concède-t-elle. Et difficile de garantir le zéro risque et la distanciation sociale dans ce domaine.

Sa dernière séance de domination, elle l’a réalisée samedi, “avant l’annonce de la fermeture des bars et restaurants et la prise de conscience générale”. Ses six autres rendez-vous prévus cette semaine ont été annulés.

Les travailleurs et travailleuses du sexe de rue en première ligne

Dans le local de l’association Acceptess-T qui s’adresse aux personnes transgenres, la directrice Giovanna Rincon héberge depuis quelques jours “une femme trans argentine qui avait été portée disparue depuis quelques jours”. Le soir de l’allocution d’E. Macron, annonçant le confinement, elle se trouvait en fait chez un client. “Apparemment ça a été assez violent avec le client (…) il l’a mise dehors, elle n’a nulle part où se confiner”, poursuit-t-elle.

“Celles qui sont dans la rue sont celles qui travaillent dans les conditions les plus précaires et les plus exposées aux risques, explique-t-elle, la plupart sont sans papier, n’ont pas de liens familiaux en France et ne parlent pas forcément français… cela rajoute à la panique et au stress.”

Pour celles qui ne sont pas sans domicile, “certaines habitent dans des surfaces très petites, qu’elles partagent à trois ou quatre. Les conditions de confinement sont très dures, les travailleuses du sexe migrantes ont rarement les moyens d’avoir un forfait téléphone, et doivent le recharger avec des cartes auxquelles elle n’ont désormais plus accès”, ajoute Giovanna.

Pour alerter sur cette situation, l’association a adressé un mail au secrétariat de l’égalité femmes-hommes, sans obtenir pour l’instant de réponse.

De toute façon, l’obtention d’aides du gouvernement du fait de la baisse d’activité semble la plupart du temps inenvisageable dans ce secteur largement informel. “Pour les auto-entrepreneurs déclarés, il y aura sans doute possibilité de donner une aide, mais pour les autres, il n’y a rien”, explique Thierry Schaffauser, coordinateur national du syndicat du travail sexuel (Strass).

*Le prénom a été modifié

Plusieurs cagnottes ont été ouvertes : 

Léa Guedj

Frustration

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