Dans le monde néolibéral, tout se vend et tout s’achète. Le capital est un serpent de mer que tout le monde rêve d’attraper. Il se faufile partout où il y a de l’argent à gagner.

Une de ses dernières formes est la Fury Room. Dans la Fury Room où l’on entre après avoir réglé une somme conséquente d’argent, vous avez la possibilité de casser des objets familiers, de les pulvériser pour vous défouler de votre haine du capitalisme. La sauvagerie à détruire par exemple un ordinateur est une activité très prisée, car elle est le symptôme d’une vie passée dans le cloud, où plus rien n’a vraiment de réalité. 

C’est tellement cool pour Le Parisien qu’ils convoquent une “psychosociologue” afin de confirmer #Cscientifiquementprouvé que c’est super cool

Après les jeux vidéo et le film Matrix, il nous faut désormais tout casser. On peut supposer qu’il y aura des gens qui travailleront plus pour gagner plus afin de pouvoir se payer une maxi Fury Room. Mais les plus pauvres n’utiliseront pas ces Fury Room et se cantonneront aux activités « gratuites » qui auront un impact direct sur la société.

Avec le néolibéralisme, nous ne sommes plus très loin de la barbarie. Désormais vous pourrez mieux supporter les brimades de votre directeur concernant la baisse de votre chiffre d’affaire en allant le soir à la Fury Room pour tout casser et faire fonctionner l’économie libérale. En options on vous proposera peut-être des mannequins de plâtre représentant des patrons du CAC40 que l’on pourra démolir à coups de masse en hurlant de joie.

La violence du peuple est proportionnelle à l’oppression qu’on lui fait subir

La haute bourgeoisie cherche par tous les moyens à canaliser la révolte par des moyens directs ou détournés. La Fury Room en est un. La violence de la distraction du peuple est à la mesure de la violence de l’élite. La haute bourgeoisie se dit qu’avec les Fury Room la populace ne viendra rien casser chez eux. Du moins le pensent-ils. Mais c’est là une grave erreur. Car rien n’arrête un peuple révolté et déterminé. Et dans ce panorama les Fury Room ne sont que des apéritifs avant de passer au plat de résistance

Libéralisme et compétition

Le capitalisme prône la recherche et l’innovation dans la compétition. Avec la Fury Room voilà une bien belle innovation qui, du reste, ne va pas en rester là. La compétition acharnée va faire de la surenchère, et l’on n’ose même pas imaginer ce que sera la suite de cette « invention ».

Dans un monde de compétition où tout le monde est potentiellement un adversaire et un concurrent, l’agressivité a remplacé l’empathie. Lorsque l’on va à l’école de la haine, le meilleur moyen de réviser ses cours est de se payer une séance de Fury Room. Celui qui est bien noté est celui qui anéantit ses adversaires. Dans l’univers capitaliste, le meilleur élève est celui qui détruit le plus.

Le casseur pauvre et le casseur riche

Si les riches peuvent se permettre de débourser 100 euros pour casser de la vaisselle ou des écrans d’ordinateur, il n’en est pas de même chez les pauvres. Ces derniers restent cantonnés à la « traditionnelle » casse des vitrines des magasins de luxe ou au pire des cas à brûler des voitures. Une hiérarchie s’instaure donc chez les « casseurs », entre ceux qui sont dans la légalité et les autres qui sont dans le délit. Désormais même le vandalisme a son aristocratie. Les riches peuvent détruire sous les applaudissements tandis que les autres n’ont que la prison pour toute récompense.

Décidément partout où passe le libéralisme se créent des classes sociales et des injustices.

Une frustration signée Serge Muscat