Handicap et Coronavirus : “Je ne suis pas juste confinée, je suis isolée”

C’est dur de rester chez soi ? Imaginez quand vous avez un handicap. Maeva* fait partie de celles et ceux dont on parle peu en cette période d’épidémie et de confinement, et dont les difficultés se retrouvent exacerbées.

Il y a quelques semaines, Maeva a quitté son appartement du premier étage, dont elle était prisonnière depuis des mois, faute d’accessibilité, pour emménager dans un rez-de-chaussée, avec un petit balcon. Elle s’estime déjà “mieux lotie que d’autres”, mais la perspective d’un confinement qui dure la place en grande difficulté.

En ce moment, elle souffre d’une tendinite. Mais plus de rendez-vous médicaux : “J’avais rendez-vous pour un IRM mardi 25, c’est annulé”. Alors qu’elle travaille actuellement son équilibre et la marche, l’absence de son kinésithérapeute, qui vient habituellement toutes les semaines, est aussi une épreuve.

“Je me retrouve sans personne, je ne suis pas juste confinée, je suis isolée, et on ne parle pas de nous les personnes handicapées.” 

En fauteuil roulant à la suite d’un cancer de la moelle épinière, elle ne reçoit plus d’aide à domicile. “Plus personne pour faire le ménage, laver le linge, faire la vaisselle, m’aider à faire la cuisine, nettoyer la litière des chats…”, soupire Maeva.

Au handicap s’ajoute la précarité, et pour celles et ceux qui perçoivent une aide lié à leur handicap, c’est l’angoisse de ne pas la recevoir. La secrétaire d’État auprès du ministre de la Santé, Christelle Dubos, a annoncé vendredi que toutes les aides sociales seront bel et bien automatiquement versées. Par ailleurs, les droits à l’allocation adulte handicapé (AAH) et à l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) qui arriveraient à échéance seront automatiquement prorogés de six mois.

En attendant de percevoir sa pension d’invalidité au milieu du mois prochain, Maeva est sur le fil. “Je n’ai plus de thune, je ne peux rien acheter”. Les stocks se réduisent à vue d’œil. Un sachet de riz, un autre de pâtes, trois steaks, “dont un que je vais réserver à mes chats”, dit-elle. D’ailleurs, ses trois chats “n’auront plus de croquette d’ici demain”. Faute d’argent, Maeva s’astreint à un repas par jour.

Si vous êtes en train de vous exercer avec des tutos de cuisine, Maeva, elle, n’aura pas ce luxe. ”Je peux vous dire que je ne ferai pas de bolognaise, la dernière fois que j’ai essayé j’ai eu un lumbago”, sourit-elle, amère.

L’isolement est d’autant plus difficile à supporter qu’elle ne peut recevoir d’aide de ses voisins : “Dans mon immeuble il y a déjà plus de cinq cas, dont un enfant”. Sa voisine, elle aussi, est en quatorzaine, probablement contaminée.

Quant à sa tante, qui vient habituellement lui rendre visite et lui apporter un billet de 20 euros, de temps en temps, elle est également confinée, et Maeva craint de lui faire prendre des risques en la faisant venir.

“On attend, on tourne en rond”, raconte Franck Maille, représentant du département Hauts-de-Seine de l’APF France Handicap. “Les gens peuvent encore sortir faire un petit footing, mais nous non, je suis en fauteuil roulant”, dit-il.

Atteint d’une maladie de Charcot-Marie-Tooth, il s’est tout de même déplacé pour faire ses courses. Mais l’attestation dérogatoire de sortie est une barrière supplémentaire. “Certaines personnes ne peuvent pas écrire l’attestation et n’ont pas d’imprimante, témoigne-t-il, moi-même j’écris très difficilement, je suis atteint des quatre membres, c’est très pénible et même si j’ai une imprimante, il faut encore la signer.” Il demande donc une tolérance particulière pour les personnes en situation de handicap.

Il espère également que les aides à domicile seront équipées de protections pour continuer à les accompagner en toute sécurité.

*Le prénom a été modifié

Léa GuedJ

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