Pédagogie, n.f. : Terme bourgeois permettant d’expliquer le désaccord des gens avec des lois allant contre leurs intérêts par le fait qu’ils n’ont pas compris et que parce qu’en fait, ils sont trop cons. En politique, la pédagogie est une variante de la matraque pour faire passer des “réformes” (voir “réforme”).

“La réforme des retraites est nécessaire mais manque de pédagogie” Jacques Attali

“ Emmanuel Macron mise sur la «pédagogie» pour corriger son image”, Le Figaro

“Certains sont en grève parce qu’ils ne comprennent pas tout, donc c’est notre travail d’expliquer” Jean-Michel Blanquer

“En difficulté, Benoît Hamon mise sur la pédagogie”, Le Point

Selon le dictionnaire Larousse, pédagogie désigne « l’ensemble des méthodes utilisées pour éduquer les enfants et les adolescents ».

L’usage de ce terme permet de diviser la société entre adultes – les politiques, les technocrates, les intellectuels signueurs de pétitions, les éditorialistes, les médecins… – adolescents – les syndicalistes, les associatifs, les militants – et enfants – les pauvres, les ouvriers, les immigrés, les bénéficiaires de la protection sociale, les patients…

Pour les grands bourgeois ainsi que pour une bonne partie des journalistes et du monde intellectuel, nous sommes effectivement des enfants et des adolescents car :

  • -Nous ne voyons pas les conséquences à long terme des « réformes ». Nous voyons notre mesquin petit intérêt alors que la courbe du déficit fait comme ça, comme ci, et puis en 2040 la hausse s’inverse de la baisse en racine carré de mon cul et du coup ben faut partir à 69 ans à la retraite Jacky, tu me suis là ? « Le problème central c’est comment le politique peut faire comprendre l’importance d’une mesure de long terme » nous dit par exemple Jacques Attali sur RTL, toi y’en a comprendre ? La suppression de l’ISF portera ses fruits très vite, nous disait le gouvernement en 2017. Ce n’est toujours pas le cas ? Ce sera pour l’année prochaine, cessez d’être aussi bas du front !
  • Nous n’avons aucune culture économique et nous sommes nuls en math, nous ne comprenons pas qu’en fait un point dont on ne connaît pas par avance la valeur va nous rendre plus riche qu’une pension calculée sur vos 25 meilleures années de salaires si vous êtes salarié du privé. On laisse Muriel Pénicaud vous expliquer, parce que vous êtes un peu lent : « Parce qu’on passe par un système de point et la valeur de point fait qu’en fait ça va permettre de faire valoriser toutes les années, quand on prenait les… si on ne passerait pas par la valeur des points ça ne marcherait pas parce que euuuh la valeur euh aujourd’hui on compte les salaires mais on ne compte pas la valeur en terme de salaire, je m’excuse hein c’est un peu technique ». 

Vous n’avez toujours pas compris ? C’est parce que c’est « un peu technique », donc maintenant retournez vous palucher devant Fort Boyard et laissez faire le gouvernement car lui maîtrise le sujet.

  • La réalité sociale et économique, c’est «très complexe ». Les détenteurs du Savoir adorent répéter que tout est très très compliqué. Les colloques universitaires sont parfois uniquement constitués d’interventions de chercheurs démontrant que leur sujet est complexe. « La lutte des classes ? c’est un schéma simpliste, la réalité est bien plus complexe, laissez moi vous expliquer ». En décrivant le monde comme complexe, les sachants cherchent simplement à fidéliser leur clientèle, car si tout est si complexe, on a besoin de gens comme eux pour nous aider à comprendre. 
  • Nous sommes des râleurs capricieux, réfractaires au changement, refusant par réflexe d’évoluer, parce que nous avons peur de touuut. Il faut donc faire preuve de pé-da-go-gie pour nous ra-ssu-rer : la réforme des retraites c’est BIEN, la grève c’est MÉCHANT, il ne faut PAS avoir peur. La « résistance au changement » est une notion importée du monde de l’entreprise capitaliste, où les « craintes » des salariés face à un plan social sont prises à bras le corps par des consultants en « accompagnement au changement » qui vont aider ces petites créatures perdues à « prendre du recul » et « faire preuve de résilience » face aux évolutions nécessaires et si exaltantes. Après tout, un licenciement n’est-ce pas un « nouveau départ » ? Pour piger ça, il vous fallait bien l’intervention d’un enfoiré en costard travaillant pour Boston Consulting Group, non ?

L’usage du terme de « pédagogie » en politique présuppose qu’il existe une vérité (celle du taux de croissance et de la dette publique) qui serait neutre et impartiale.

Et donc qu’il faudrait « l’expliquer » aux gens. Cette vérité, extérieure à leur quotidien, ne serait connue que des quelques personnes bien nées qui auraient appris les grands mécanismes socio-économique de notre temps à Science Po et l’ENA ou à travers leur exemplaire parcours politique. Non, le fait qu’ils n’aient jamais poussé un caddie de leur vie ne les rend pas moins compétent, arrêtez votre démagogie !

Or, il n’y a pas une vérité en politique, mais la réalité des intérêts des exploiteurs et de celle des exploités.

Le niveau de dépenses publique est une catastrophe pour les actionnaires de Black Rock et Axa, qui aimerait privatiser ce marché pour en tirer des gains massifs. C’est une bénédiction pour les classes laborieuses dont c’est le patrimoine commun. Le droit du travail est une terrible gêne pour le patronat qui ne peut pas être suffisamment « agile » dans l’emploi de sa « masse salariale ». C’est une conquête vitale pour les salariés qui peuvent ainsi employer leur corps et leur esprit à autre chose qu’à faire tourner les rouages d’une production dont ils ne récupèrent pas les fruits.

Les classes laborieuses ont toujours eu l’honnêteté intellectuelle, dans l’Histoire, d’admettre se battre pour un Idéal et pour remplir le frigo, non pour la Vérité. C’est souvent lorsque des bourgeois se sont mêlés à elles pour leur « expliquer » ce qu’elles subissent et leur « faire prendre conscience » d’une réalité qu’elles vivent déjà au quotidien que leurs révolutions sont parties en vrille : les bolcheviques russes qui savaient mieux que les autres en sont un bon exemple. De notre côté, nous avons toujours eu à cœur de donner des informations, de décomplexer des points de vue, de faciliter l’usage de mots, sans « expliquer aux gens » ce qu’ils subissent. On ne donne pas des leçons de lutte sociale, on donne des raisons de se battre.

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