Laurent Pietraszewski, ex-DRH d’Auchan, est resté fidèle à son ancien employeur une fois devenu député

Le nouvel homme chargé de mener à bien la réforme des retraites, celle que les éditorialistes nomment « la mère de toutes les batailles », est un bon soldat de la guerre des classes que la bourgeoisie nous mène. DRH sans pitié dans sa jeunesse, il a été récompensé l’été dernier par le groupe Auchan pour les cadeaux fiscaux qu’il lui a fourni en tant que député.

DRH zelé pour Auchan

Durant sa carrière au service du groupe Auchan, joyaux de la famille Mulliez, elle-même pilier du capitalisme français, Laurent Pietraszewski s’illustre par son zèle pour défendre les intérêts du capital, au centime près : Comme DRH de l’hypermarché Auchan à Béthune, il met à pied à titre conservatoire une salariée pour « une erreur de commande de 80 centimes d’euros et un pain au chocolat cramé donné à une personne ». Derrière une expression pudique de droit, il s’agit d’un licenciement pour faute lourde et sans indemnisation qui prend effet dès réception de la lettre recommandée. C’était en 2002, les 35h étaient entrées en vigueur et mettaient tous les capitalistes du pays à cran, il fallait agir ! 

Du coup, il est encore allé plus loin, raconte un délégué syndical CFDT (sic!) à l’Obs : « Il avait fait mettre en garde à vue une déléguée syndicale qu’il soupçonnait d’avoir donné un petit pain à une employée de la galerie marchande, comme si elle l’avait volé. C’était complètement disproportionné. Il n’a jamais pu prouver que c’était vrai et, de fait, ça ne l’était pas ».

Après ces faits d’armes, il prend du galon en devenant responsable au niveau de l’entreprise de la gestion de carrières, du recrutement et de l’évaluation. Il fait partie de ces générations de DRH qui ont affiné les critères d’évaluation pour mettre une pression constante à la « performance » sur l’ensemble des salariés, de la mise en rayon au marketing.

Auchan est possédé par la vénérable famille Mulliez

L’entreprise est un bien commun, pas un lieu d’opposition et de rapport de force

C’est son élection comme député de la République en Marche en 2017 qui le propulse en première ligne de la guerre sociale. À l’automne 2017, il est le rapporteur du projet de loi d’ordonnances réformant le code du travail, cette loi dont nous avons beaucoup parlé ici et qui a entraîné la suppression du CHSCT, la réduction des critères de pénibilité et la primauté des accords d’entreprise pour assouplir les « contraintes réglementaires » qui pèsent sur les pauvres patrons. Il faut dire qu’il se disait alors « persuadé que l’entreprise est un bien commun, pas un lieu d’opposition et de rapport de force ». Ah bon, mais c’est à tout le monde alors ? On a failli croire que ça appartenait aux actionnaires ! Quant au rapport de force, la salariée licenciée pour 80 centimes d’erreur de caisse aura sans doute rêvé.

Il mène les débats à l’Assemblée comme un beau diable, utilisant sans vergogne le terme « collaborateur » à la place de « salarié » pour vendre sa réforme de « dialogue ». Alors, certes, deux ans plus tard, on se rend compte que les ordonnances ont donné au seul employeur l’initiative de la parole dans ce « dialogue », puisque c’est lui qui peut provoquer des accords et les négociations annuelles sur certains sujets pénibles pour lui (le niveau des salaires et l’égalité salariale entre les hommes et les femmes) ne sont plus obligatoires. Mieux : dans les entreprises de moins de 20 salariés il peut lancer un référendum portant sur la question qu’il souhaite (« vous préférez baisser vos salaires ou un plan de licenciement ? »). Oui mais, oui mais, Laurent Pietraszewski n’a cessé de répéter qu’il fallait avoir « confiance ».

Maintenant qu’il a été nommé maréchal des logis chargé de la régression des retraites, Laurent Pietraszewski est « passé au crible » de notre presse sans concession depuis les péripéties legorafesques de Jean-Paul Delevoye, l’homme aux 13 mandats (que nous préférons appeler « le parasite payé à ne rien faire tout en donnant des leçons d’efforts budgétaires aux smicards »).

Quand Macron jetait en pâture le droit du travail, Laurent Pietraszewski faisait le boulot pour lui à l’Assemblée Nationale

Payé 71 872€ pour deux mois par Auchan après avoir voté une loi leur faisant économiser des millions d’euros de cotisations patronales

Et qu’a-t-on trouvé ? L’été dernier, il a fait une petite mission “coup de main” comme Responsable des ressources humaines à 71 872€ les deux mois pour son ancien employeur, ce qui n’est pas illégal, nous dit France 3 Hauts-de-France : il est possible de cumuler mandat de député et une autre activité, à conditions qu’elle ne consiste pas en des “fonctions de direction dans des entreprises nationales, des établissements publics nationaux ou des entreprises privées bénéficiant de subventions ou d’avantages accordés par les pouvoirs publics.​​​​​​”

Et ce n’est pas le cas d’Auchan peut-être ? En 2018, quand Laurent Pietraszewski était député, donc, Auchan a empoché 88 millions d’euros au titre du Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE), ce pack d’argent public désormais bien connu distribué sans contrepartie aux entreprises privées. En 2019, le jackpot sera à peu près le même et en 2020 ça continue, grâce au vote de Laurent Pietraszewski et de ses collègues députés en faveur du Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019.

En effet, cette loi a prévu la transformation du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) et le Crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires (CITS) en une baisse de cotisations patronales sur les rémunérations ne dépassant pas 2,5 Smic dans toutes les entreprises privées. Dans le détail, le taux de cotisations patronales d’assurance maladie, maternité, invalidité et décès sur les rémunérations allant jusqu’à 2,5 Smic est désormais réduit de 6 points. Et le tout pour le même coût que le CICE : 20 milliards par an en cadeaux d’allègements de cotisations patronales pour les entreprises.

Laurent Pietraszewski a voté pour, et en tant que chef de fil des députés macronistes à la commission des affaires sociales, il a été l’un des acteurs essentiels à l’adoption de cette loi qui va transférer chaque année 20 milliards des caisses de l’État vers celles des entreprises privées (Car le manque à gagner de la baisse des cotisations patronales sera compensé par l’État auprès de la sécurité sociale). Ce sont les grandes qui en bénéficieront le plus car elles comptent le plus grand nombre de salarié : Auchan sera en première ligne pour réceptionner ce nouveau présent, comme elle l’a été pour le CICE.

Docile envers Auchan, il sera servile envers Black Rock

10 mois après avoir voté cette mesure, Pietraszewski est donc récompensé par son ancien employeur d’un chèque de 71 000€. Qui peut décemment affirmer que si le député “whip” de la commission des affaires sociales avait mis en doute l’utilité d’un tel allègement de cotisations, s’était étonné de son coût, avait soulevé le fait que les très grandes entreprises en seraient les premières bénéficiaires, il aurait pu ainsi bénéficier d’un job d’été aussi bien payé ?

Docile pour Auchan, il sera certainement servile pour Black Rock. Il est le candidat officiel pour être le larbin droit dans ses bottes de la bourgeoisie pour gagner « la mère de toutes les batailles » : la fin de notre sécurité sociale, le début de l’engraissage par capitalisation.

Frustration

GRATUIT
VOIR