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Le 6 mai 2023, le « C9M » (comité 9 mai), agrégat de nazillons et autres nostalgiques de Mussolini aujourd’hui mené par le GUD, organisait comme chaque année une marche d’hommage à Sébastien Deyzieu, militant de l’Œuvre Française mort tombé d’un immeuble lors d’une manifestation de fafs en 1994. Les images de rassemblement avaient fait le tour des JT : comment était-il possible de laisser défiler des fascistes dans Paris, capitale du pays des droits de l’Homme (et de l’état d’urgence, des dissolutions de collectifs d’opposants politiques et de la loi « asile et immigration ») ? C’était sûr : à la vue de ces vidéos nazifiantes, la manifestation de 2024 allait être interdite !  Sauf que non, elle a bien eu lieu samedi 11 mai. Comme l’an passé, nous voila assaillis par les mêmes images de militants fascistes. Et tandis qu’on s’indigne sur twitter en repartageant des extraits remplis de croix celtiques, on en oublie qu’on participe nous-mêmes, se faisant, à la publicité des fafs. 

Il est assez logique de vouloir partager et diffuser des images de parades néo-nazis dans nos rues. A fortiori quand on se pense ou se revendique de gauche et qu’on s’inquiète de la montée de l’extrême-droite en France et dans le monde. Il y a en effet un coté spectaculaire dans ces files de bonhommes qui gueulent en levant le bras droit : on est loin de l’image aseptisée d’un Bardella en costume, maitre de ses éléments de langage policés, bien aidé par la complaisance des intervieweurs. L’extrême-droite de rue, qui entretient d’étroits liens avec le Rassemblement Nationale, s’assume… et cela choque. C’est ainsi que quelques bonnes âmes ont vite fait de se dire qu’en partageant le vrai visage de la « bête immonde », tout le monde – les gens de raison du moins – s’apercevra que le RN est toujours aussi vilain et hop, miracle, les électeurs voteront correctement aux prochaines élections – puisqu’il n’y a de politique que dans les urnes, y compris lorsqu’elle se veut antifasciste. Ça semble un peu simpliste, mais c’est visiblement le raisonnement qu’a eu Marine Tondelier au soir de la manifestation fasciste. 

Les limites de l’antifascisme instagram

En relayant ces images, la secrétaire nationale des écologistes – elle n’est pas la seule – participe en réalité à la victoire médiatique des militants d’extrême-droite, faisant passer leur défilé pour un succès numérique et symbolique. Pourtant, si on s’attache aux faits, le rassemblement du C9M n’aura rameuté que 500 personnes venues de toute la France. Un nombre évidemment trop élevé, certes, mais aussi ridicule si on le compare, par exemple, aux chiffres de la dernière manifestation antifasciste d’hommage à Clément Méric, assassiné par des néo-nazis en 2013, qui a réunit entre 2000 (selon la préfecture) et 5000 personnes (d’après les organisateurs) en juin 2023. De plus, les forces antifascistes ne sont pas restés inactives ce 11 mai : un village antifasciste était organisé place du panthéon et a réuni des centaines de militants et sympathisants autours de tables rondes et de stands, tenant ainsi la rue tout en ouvrant un espace de dialogue permettant de penser la menace fasciste et les moyens d’y riposter. Il aurait été aisé de partager ce succès tout en invisibilisant la manifestation d’extrême-droite. Ou même, de s’intéresser davantage aux oppositions spontanées qui se sont manifestées sur son parcours. En somme, de ne pas donner aux milices fascistes un succès factice effaçant au demeurant celui, bien réel, de notre camp. 

Car indépendamment des intentions de Tondelier (à coup sûr sincères, éloignées de toute velléité de récupération électorale) et des autres résistants de Twitter, les images ont leur propre pouvoir de signification. Partager une vidéo de quinze secondes d’un cortège dans un moment « d’intensité » visuelle (troupes en ordre de marche, moment de craquage de fumigène…), sans contextualisation, cela donne fatalement l’impression que l’adversaire a réalisé une démonstration de force – y compris lorsque ce n’est en réalité pas le cas. Cela ne veut pas dire qu’il faut ne jamais parler de l’extrême-droite et de ses actions. Une veille informative comme celle de Street Press est par exemple bienvenue. Mais il est avant tout nécessaire de revendiquer notre force politique plutôt que de vanter involontairement celle de nos adversaires. 

Quelle réponse politique à l’extrême droite ?

La gauche institutionnelle ne voit au péril fasciste qu’une seule réponse : celle de l’État bourgeois, qui applique pourtant déjà des mesures fascisantes, réprime les militants antifascistes, interdit des manifestations, fait le jeu du RN… Elle ne comprend pas, ou ne veut pas comprendre, que ce sont les structures mêmes du capitalisme et de l’État qui font le jeu du fascisme. À ce titre, le moment électoral n’est pas un moment de bascule fasciste (en cas d’élection de l’extrême droite) ou de pseudo-résistance antifasciste (en cas de maintien au pouvoir des partis libéraux), mais un baromètre reflétant le degré de droitisation des structures étatiques. En appeler à l’Etat pour lutter contre l’extrême-droite, comme le font régulièrement les partis de gauche et certaines organisations antifascistes comme la Jeune Garde, constitue en ce sens une absurdité vouée à l’échec. Au contraire, les dissolutions, outil juridique originellement fondé pour lutter contre les groupes fascisants, touchent de plus en plus les organisations anticapitalistes et antifascistes, en témoigne le cas de la GALE

Ce sont les structures mêmes du capitalisme et de l’État qui font le jeu du fascisme. À ce titre, le moment électoral n’est pas un moment de bascule fasciste (en cas d’élection de l’extrême droite) ou de pseudo-résistance antifasciste (en cas de maintien au pouvoir des partis libéraux), mais un baromètre reflétant le degré de droitisation des structures étatiques.

Ainsi, puisque le fascisme est le produit du capitalisme et de l’état bourgeois, il faut pour s’y opposer construire un mouvement social fort et anticapitaliste. C’était tout l’objet du village antifasciste de ce samedi. Soutenir ce type d’initiatives qui élargit le combat antifasciste à un plus large public, mais aussi les actions d’auto-défense ou d’organisation populaire qui visent à empêcher les rassemblements de groupuscules racistes (voire à s’opposer physiquement à eux lorsque la situation l’exige), à construire une contre-hégémonie culturelle, à créer des liens de solidarités entre composantes des classes populaires et, plus largement, à renverser l’économie capitaliste : voilà, pour le coup, des gestes politiques nécessaires qu’il convient de diffuser. Davantage, en tout cas, que de voter pour le parti de Marine Tondelier. 


LOUIS NINEL


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