Dans cette élection, Macron incarne le capitaliste décomplexé dont la première mesure sera de nous faire tous bosser plus, et plus longtemps. Zemmour quant à lui a pris avec joie le rôle de l’obsédé de la race et de la haine des arabes. Marine Le Pen a fait nettement moins parler d’elle, son programme ou ses idées sont peu commentées, ou alors sous l’angle de son “sérieux” et de son assagissement. Pourtant, cette femme appartenant à la bourgeoisie défend un programme politique permettant d’enrichir sa classe sociale, comme ses deux rivaux. Et elle ne renonce en rien à ses idées racistes. Elle a changé, dit-on ? Oui, elle a laissé de côté les quelques idées sociales de son programme de 2017. A Frustration, contrairement à Léa Salamé, on s’en fout de ce que Marine Le Pen a pu ressentir quand sa nièce l’a trahie. Par contre, on aimerait savoir quel est son programme.

1 – Pouvoir de vivre : Marine ne vous aiderait pas à sortir la tête de l’eau

Le niveau de l’inflation et la faiblesse des salaires mettent nombre d’entre nous dans de grosses difficultés. Notre pouvoir de vivre – expression que l’on préfère à « pouvoir d’achat » car il ne s’agit pas de nos possibilités shopping mais bien d’achats nécessaires à notre quotidien – a beaucoup baissé. Un sondage publié cette semaine montre que plus de la moitié d’entre nous commence à sacrifier l’achat de certains produits d’hygiène tandis qu’un gros tiers d’entre nous ne parvient plus à boucler les fins de mois. Et ce, alors que l’économie se porte très bien ! Les records de dividendes versés au CAC 40 en 2021 le montrent. Que nous promet donc la candidate du Rassemblement National pour sortir de la merde ?

  • La candidate du RN ne veut pas augmenter le SMIC. Comme tous les autres candidats (Pécresse, Zemmour, Macron), elle propose la solution labellisée par le MEDEF : « Permettre aux entreprises une hausse des salaires de 10% (jusqu’à 3 smic) en exonérant cette augmentation de cotisations patronales ». Elle est très proche de Macron avec cette proposition, lui qui veut permettre le versement d’une prime nette de cotisations. Dans les deux cas, c’est si les employeurs le veulent. L’absence de paiement de cotisations patronales rendrait ces augmentations neutres pour notre sécurité sociale : c’est parce que les entreprises payent des cotisations qu’il est intéressant pour la société que les salaires soient augmentés. Ainsi, plus de cotisations et plus de protections sociales. Ce n’est pas l’équation proposée par Marine Le Pen.
  • Une telle mesure favoriserait les salariés des grandes entreprises et dans les secteurs les mieux organisés. Les salariés des petites boîtes n’en verraient certainement pas la couleur. 
  • Aucune mesure de « pouvoir d’achat » de son programme ne concerne les indépendants, les fonctionnaires, les chômeurs et les allocataires des minima sociaux. Le programme prévoit des mesures pour les retraités (indexation des pensions sur le pouvoir d’achat notamment) mais c’est tout.
  • Les chômeurs et les plus pauvres n’ont aucune place dans le programme de Marine Le Pen. Elle ne compte pas revenir sur la réforme de l’assurance-chômage, qui a considérablement réduit le niveau de l’Aide au Retour à l’Emploi. Dans la lignée de l’action de Macron, Le Pen compte continuer de criminaliser les chômeurs en créant un “ministère de la lutte contre les fraudes” (fiscales, aux cotisations et prestations sociales, aux importations, ententes, etc.). Ce n’est que l’énième mesure en la matière, mais passons.

Aucune mesure de « pouvoir d’achat » de son programme ne concerne les indépendants, les fonctionnaires, les chômeurs et les allocataires des minima sociaux.

  • La seule mesure conséquente visant à restaurer le pouvoir de vivre des Français est la baisse de la TVA de 20% à 5,5% sur les produits énergétiques (carburants, fioul, gaz et électricité) en tant que biens de première nécessité. La TVA est effectivement un impôt injuste car non proportionnel (les riches payent autant que les pauvres). On notera que Marine Le Pen évite ainsi de s’en prendre aux empires financiers que sont Total ou Shell.  
  • Sur l’Union Européenne et l’euro, Marine Le Pen a carrément retourné sa veste : son programme ne comporte pas de volonté forte de sortir des traités, sans doute pour asseoir sa crédibilité auprès des milieux patronaux et des grandes fortunes.

2 – Une bourgeoisie enrichie et confortée

Les 1% les plus riches se sont enrichis sous le quinquennat Macron, ainsi que les 10% les plus aisés, que nous appelons à Frustration la sous-bourgeoisie. Bourgeois et sous-bourgeois doivent-ils craindre l’arrivée au pouvoir de cette candidate décrite comme populaire et proche des Français ? Pas du tout, au contraire : sous couvert d’aider tout le monde, le programme de Marine Le Pen regorge de mesures qui vont bénéficier, dans les faits, aux plus aisés. 

  • Macron avait supprimé l’Impôt de solidarité sur la fortune sur sa partie financière, Marine Le Pen compte le rétablir… mais en supprimant sa partie immobilière pour favoriser « l’enracinement » des riches. Déjà que la rente immobilière est, dans ce pays, l’apanage d’un petit pourcentage de la population, elle serait encore plus attractive avec Le Pen. Les riches ne seraient pas davantage taxés par elle qu’ils ne l’étaient par Macron.

Marine Le Pen, souvent présentée comme la candidate des « petites entreprises » contre les gros patrons, est tout à fait au diapason des intérêts du patronat de toute taille et tout type.

  • Les jeunes riches le seraient encore plus : Le Pen compte supprimer l’impôt sur le revenu pour les moins de trente ans, sans conditions de revenus. Les consultants surpayés de McKinsey et autres jeunes loups sortis d’école de commerce à 3 000 € mensuels peuvent la remercier pour cette belle ristourne. Quant aux autres, ils ne sont pas concernés : en particulier la moitié des ménages qui gagnent trop peu pour payer l’impôt sur le revenu.
  • Exonérer les donations des parents mais aussi des grands-parents à leurs enfants et petits-enfants jusqu’à 100 000€ par enfant tous les dix ans : une mesure populaire qui concerne donc les jeunes qui touchent des chèques de 50 000 balles de leur mamie à Noël. Vous c’était combien déjà ?
  • L’autre obsession de Marine Le Pen, comme Macron et Zemmour, est la baisse de l’imposition de l’héritage : une mesure qui ne bénéficierait qu’aux Français aisés, les autres héritant peu ou pas du tout.

Marine Le Pen, souvent présentée comme la candidate des « petites entreprises » contre les gros patrons, est tout à fait au diapason des intérêts du patronat de toute taille et tout type. On l’a vu, ses mesures de « pouvoir d’achat » ne font pas passer les actionnaires à la caisse, qu’il s’agisse de ceux des entreprises qui n’augmentent pas les salaires ou de ceux des grands groupes comme Total qui s’engraissent sur le dos des consommateurs. En outre, elle a prévu de leur accorder les cadeaux suivants :

  • Conformément aux revendications du MEDEF, la candidate veut baisser les « impôts de production » et supprimer la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE), soi-disant pour protéger les « PME locales » (toutes les PME sont locales mais passons), ce qui bénéficierait à toutes les entreprises.
  • Elle compte supprimer l’impôt sur les sociétés pour les entrepreneurs de moins de 30 ans pendant les 5 premières années « pour éviter leur départ à l’étranger » : comme tous les autres candidats bourgeois, elle agite en permanence la menace du départ de « nos » patrons pour les combler de cadeaux. Il est amusant de voir que chez elle, le « patriotisme » est l’argument utilisé pour donner du fric et exonérer d’impôts le patronat, quand chez Macron c’est « l’innovation » ou « l’esprit start-up ». La rhétorique diffère, le résultat est le même. Entre le président et sa « rivale », le même respect des désirs du MEDEF.


3 – La lutte contre le réchauffement climatique est carrément abandonnée

Cette semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous a annoncé que nous avions trois ans pour agir et inverser la tendance actuelle à l’augmentation continue de l’émission de gaz à effet de serre. Si la France élit Marine Le Pen (ou Macron), il est clair qu’elle s’assoira sur cette alerte. « Don’t look up » : le changement climatique, Marine Le Pen s’en contrefout. Elle prévoit un retour en arrière par rapport aux quelques avancées réalisées par le pays.

  • L’obsession de Le Pen, ce sont les éoliennes. Elle veut y mettre fin, et ainsi réduire à néant le petit effort de la France en matière d’énergie renouvelable. Non seulement elle compte s’en prendre au parc éolien terrestre (qu’elle veut carrément démanteler) mais aussi tuer dans l’œuf les projets d’éoliennes offshore, c’est-à-dire au large des côtes et donc bien loin de gâcher le paysage. Elle mise sur le nucléaire, comme Emmanuel Macron.
  • Contre le « terrorisme climatique », elle veut revenir sur les mesures de limitation de vitesse et favoriser la vie des automobilistes.
  • Les seules vraies mesures écologiques du programme de Marine Le Pen sont celles qui concernent la fin du libre-échange et la mise en œuvre d’un protectionnisme qui limite les importations. Mais en refusant de s’exprimer sur la sortie des traités européens, son programme est inconséquent puisque soumis au cadre par essence libre-échangiste de l’Union Européenne.

4 – Les étrangers, les réfugiés et les quartiers populaires comme bouc émissaires

Contrairement à Eric Zemmour, Marine Le Pen n’a pas, durant cette campagne, dégainé le fameux « c’est la faute des arabes » à chaque sujet qui lui était posé. Ce qui a pu donner l’impression qu’elle s’était calmée en matière de racisme et de xénophobie. A tort : son programme place toujours le sujet de la lutte contre l’immigration en priorité numéro 1.

  • Très concrètement, si Marine Le Pen arrive au pouvoir, tous les étrangers en France vont perdre leurs droits sociaux des plus essentiels comme la santé à l’assurance-chômage. Celles et ceux qui travaillent devraient attendre 5 ans pour bénéficier de leurs propres cotisations, puisqu’ils ne pourront pas percevoir le chômage ou bénéficier de l’assurance-maladie, rejoignant de fait la condition des milliers de travailleurs non-déclarés qui font tourner notre économie sans droits sociaux, à la grande joie du patronat.
  • L’accès à l’emploi et au logement sera priorisé vers les Français “de souche”, ce qui est déjà le cas dans les faits : la discrimination à l’embauche et aux logements touche largement les étrangers mais aussi les citoyens qui n’ont pas l’air assez “Français” pour les propriétaires et les employeurs. Avec Le Pen, nous vivrions dans un pays où prouver notre nationalité serait un impératif quotidien et où toutes les personnes suspectées de ne pas être françaises seraient harcelées. Marine Le Pen avait beau jeu de s’opposer au Pass Sanitaire : la société du tri permanent qu’elle souhaite exigerait bien plus de perte de libertés et de contrôle administratif et policier que ce qu’on connaît actuellement.

Un tel climat de terreur, avec des policiers en roue libre, plongerait dans la tourmente toute la France populaire. Les gilets jaunes en ont fait l’expérience : quand on lâche les flics sur la population au nom de la lutte contre l’islamisme, via les différentes lois “anti-terroristes”, toute la classe laborieuse en fait les frais.

  • Une loi « d’éradication de l’idéologie islamiste » est dans les tuyaux : elle rendrait concrètement la vie des personnes de religion musulmane encore plus insupportable, en réduisant considérablement leur liberté d’expression et en limitant leur accès à l’emploi, notamment dans les services publics. La guerre que fait Le Pen à l’islam n’a donc rien à envier à celle que prévoit Zemmour : c’est la chasse aux musulmans à tous les niveaux de la vie sociale.
  • L’instauration de la « présomption de légitime défense » pour les policiers. Vous avez bien lu : quand une personne sera assassinée par la police, comme Cédric Chouviat ou Adama Traoré, les policiers auteurs des faits verraient la « légitime défense » présumée. C’est déjà ce qu’il se passe, dans les faits. Il est déjà très difficile de faire condamner un policier pour ses violences, et c’est pourquoi ils se lâchent. Imaginez l’impunité des policiers sous Marine Le Pen.

Et vous, pendant ce temps, vous qui êtes bien blanc, Français depuis 10 générations – enfin vous croyez – vous y gagneriez quoi ? Hormis pour les nostalgiques des années 40, les amateurs de dénonciation anonyme et les chrétiens intégristes qui soutiennent « Marine », pourchasser des millions de Français musulmans et des centaines de milliers de réfugiés n’apporterait rien d’autre qu’un climat de terreur et la négation de nos fameuses « valeurs » dont il ne reste – certes – plus grand chose depuis que la Police de Macron lacère les tentes de réfugiés en plein hiver à Calais. Un tel climat de terreur, avec des policiers en roue libre, plongerait dans la tourmente toute la France populaire. Les gilets jaunes en ont fait l’expérience : quand on lâche les flics sur la population au nom de la lutte contre l’islamisme, via les différentes lois “anti-terroristes”, toute la classe laborieuse en fait les frais.

Comment peut-on vouloir voter Le Pen ? Elle n’a plus rien d’anti-système comme on le disait en 2017. Ce n’est plus et ça n’a jamais été un vote de “protestation” : le patronat et les grandes fortunes se frotteraient les mains avec un gouvernement établi par Marine Le Pen. Le peu d’éléments de son programme qui pouvait les crisper – la retraite à 60 ans et la sortie de l’euro – a été abandonné, et de beaux cadeaux les attendent. Eux ne subiraient jamais les flics radicalisés, ils ne seraient jamais inquiétés en raison de leur religion ou de leur couleur de peau. On peut donc comprendre que le système médiatique s’accommode à merveille d’un second tour Le Pen – Macron. Mais nous autres, citoyennes et citoyens de la classe laborieuse, qu’aurions-nous à y gagner ? Rien. Nous avons, en revanche, tout à y perdre.


Nicolas Framont


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