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Il existe une idée courante selon laquelle, face au changement climatique et la raréfaction des ressources les plus vitales, nous nous apprêtons à vivre dans une “dictature verte” dont les écologistes seront les nouveaux “Khmers verts”. Ce qu’il s’est passé dans les Deux-Sèvres le 25 mars fait apparaître une réalité radicalement opposée : pour continuer à exploiter nos ressources jusqu’à la dernière goutte sans changer le modèle qui l’enrichit, la classe possédante peut compter sur un État qui restreint les libertés publiques, risque la vie des opposants et les criminalise, avec le soutien de médias prompts à gober tous ses éléments de langage. Le conflit social autour du projet d’immenses retenues d’eau au profit de l’agro-industrie des Deux-Sèvres et de Charente-Maritime démontre l’existence d’une dictature bourgeoise dans laquelle on peut laisser agoniser un blessé en urgence vitale pour préserver les intérêts de quelques-uns. Résumé et analyse de la situation.

1 – Contexte : intimidation, espionnage et stigmatisation des anti-bassines 

Le 22 mars dernier, 140 tracteurs arrivaient à La Rochelle, préfecture de la Charente-Maritime. Cette manifestation a été lancée par les Jeunes Agriculteurs (JA), la branche “jeune” de la FNSEA. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles est le syndicat professionnel majoritaire dans le monde agricole en France. Il ne s’agit pas d’un syndicat au sens classique du terme : la FNSEA règne dans la plupart des chambres d’agricultures du pays et exerce des activités de lobbying. Entièrement en accord avec les gouvernements Macron successifs – la FNSEA l’a même assuré de son soutien sur la réforme des retraites – c’est sans difficulté aucune avec la police que la manifestation du 22 mars a pu entrer dans le centre-ville de la Rochelle. Ses revendications ? S’opposer aux militants écologistes, lutter contre les restrictions d’utilisation des pesticides et obtenir davantage d’aides agricoles. La seconde revendication est culottée dans un département où l’utilisation des pesticides atteint des records, avec des conséquences de mieux en mieux documentées sur la santé des habitants : autour de la Rochelle, dans un paysage entièrement remodelé par l’agriculture intensive, les cancers pédiatriques liés aux pesticides se multiplient.

Le terrain a été préparé pour une répression d’ampleur. 

Mais la FNSEA s’en fout de l’écologie et des problèmes de santé publique, qu’elle regroupe sous le concept d’ “l’agribashing”, notion forgée il y a quelques années désignant toutes les critiques de l’agro-industrie. C’est pourquoi les manifestants ont pu, en toute impunité, dégrader la maison du vice-président de Nature Environnement 17, une association écologiste impliquée dans la lutte contre les méga-bassines. C’est la deuxième fois que son domicile est dégradé, et la police n’a rien fait pour l’en empêcher. Son épouse a été injuriée, des inscriptions homophobes ont été faites dans la rue. Aux dernières nouvelles, aucun manifestant n’a été inquiété pour ces actes.

Ce contexte d’intimidation à l’encontre des militants anti-bassines n’est pas le seul fait de la FNSEA. Suite à la première manifestation en septembre 2022, 5 militants ont été arrêtés et un dispositif d’espionnage a été mis en place par le gouvernement : un traceur GPS a même été installé sur le véhicule du porte-parole du collectif “bassines : non merci”, Julien Le Guet. Mais surtout, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a qualifié les manifestants “d’éco-terroristes”, rien que ça. Le terrain a été préparé pour une répression d’ampleur. 

2 – Les méga-bassines : de quoi s’agit-il au juste ?

Pourquoi ce projet suscite-t-il autant de tensions ?

Le terme de “bassines” traduit assez mal sa réalité : il s’agit d’un chantier de construction de dizaines d’immenses retenues d’eau dont la surface moyenne est celle de 8 terrains de foot. L’objectif semble, si l’on ne se penche pas du tout sur le sujet, assez basique : stocker l’eau en surplus l’hiver pour pouvoir irriguer les cultures l’été. Pour le contexte, l’ex-région Poitou-Charentes dont font partie les Deux-Sèvres et la Charente-Maritime a connu une sécheresse très difficile l’été dernier, aggravée par des températures très élevées (jusqu’à 43°). Or, en Charente-Maritime, où je vis, l’agriculture intensive est principalement tournée vers la production de céréales, en particulier le maïs. Quiconque connaît ces endroits, où les paysages sont dévastés par d’immenses surfaces sans haie, sait que tout l’été d’immenses lances à eau arrosent ces champs de maïs – une plante qui demande beaucoup d’eau – de façon relativement imprécise puisque les routes environnantes sont régulièrement arrosées. Précisons que le maïs est destiné à l’alimentation des animaux d’élevage. Derrière les méga-bassines il y a donc toute l’industrie agro-alimentaire, particulièrement puissante en France. 

Derrière les méga-bassines il y a donc toute l’industrie agro-alimentaire, particulièrement puissante en France. 

L’été dernier, on pouvait légitimement s’attendre à ce que les pouvoirs publics et les représentants du monde agricole se concertent et décident de réorienter la production agricole vers des cultures moins gourmandes en eau. Voire, soyons fou, qu’un retour en arrière soit effectué et que l’on replante massivement des haies, qui en plus d’être jolies ont pour grande qualité de freiner l’érosion des sols et donc de lutter contre la sécheresse. Mais ce n’est pas la voie choisie par l’État et l’agro-industrie : les méga-bassines servent à stocker l’eau pour pouvoir poursuivre le même mode de productions agricoles.

Techniquement, comment ça marche ? Contrairement à ce que l’on entend parfois dans les médias, ces retenues d’eau ne servent pas à stocker l’eau de pluie. Le plus gros du remplissage se fera en pompant dans les nappes phréatiques (les réserves souterraines d’eau douce qui se trouvent dans les couches poreuses du sol et de la roche) et dans les cours d’eau. Le gros mensonge des défenseurs du projet tient à une fausse explication de bon sens puisque “de toute façon, l’eau serait perdue si elle n’était pas stockée dans ces bassines”. C’est oublier qu’il existe un cycle naturel de l’eau et qu’une eau qu’on laisse dans les sols participe à l’éco-système et qu’en retirant cette eau dite “en surplus” on appauvrit à moyen terme les sols. Pour le naturaliste et directeur de recherche au CNRS Christian Amblard, le stockage d’eau dans des retenues aggrave la sécheresse. Rejetée dans l’océan Atlantique, elle contribue également à son équilibre. Enfin, une eau stockée dans un immense bassin, dans une région où l’on connaît des pics de températures à 40°, s’évapore. De récentes études portant sur les lacs américains parlent d’une évaporation de 20 à 60 % d’une eau stagnante. 

Le gros mensonge des défenseurs du projet tient à une fausse explication de bon sens puisque “de toute façon, l’eau serait perdue si elle n’était pas stockée dans ces bassines”. C’est oublier qu’il existe un cycle naturel de l’eau et qu’une eau qu’on laisse dans les sols participe à l’éco-système et qu’en retirant cette eau dite “en surplus” on appauvrit à moyen terme les sols.

Enfin, ces immenses retenues sont une privatisation de l’eau qui profite à certains agriculteurs au détriment d’autres. Selon la Confédération paysanne, le deuxième syndicat agricole opposé au projet, seuls 6 % des agriculteurs du territoire seront raccordés aux retenues d’eau. Bien que cette ressource stockée soit accaparée par un petit nombre d’acteurs privés, 70 % du financement du projet est public. Il va coûter au contribuable des dizaines de millions d’euros, alors qu’il va accentuer la sécheresse dans la région et que cette ressource sera donc privée. 

Les méga-bassines sont donc un gros projet capitaliste à la Française : au profit de quelques-uns, financé par l’Etat… et défendu par lui.

3 – Une manifestation réprimée dans le sang, des secours bloqués

La deuxième mobilisation contre ce projet se déroulait les 25 et 26 mars derniers, autour du village de Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Le rassemblement avait été interdit par la préfecture, ce qui n’a pas empêché des milliers de manifestants de s’y rendre. Eh oui les bourgeois, c’est ça la “désobéissance civile” qu’on exalte dans les cours de philo avant de la requalifier en éco-terrorisme quand elle survient. En face, 3 200 policiers ont été déployés. Soit dit en passant, ça commence à faire cher les méga-bassines, c’est nous qui payons avec notre TVA et notre impôt sur le revenu. 

Les méga-bassines sont un gros projet capitaliste à la Française : au profit de quelques-uns, financé par l’Etat… et défendu par lui.

La suite est largement documentée par les médias indépendants qui ont couvert la journée. “Autour de totems géants de la faune menacée par les projets de bassines, l’outarde, la loutre et l’anguille, les manifestant-es ont progressé dans les champs dans une ambiance déterminée avec beaucoup de créativité, d’audace et d’union, loin de la fable vendue par Gérald Darmanin de 1 000 individus isolés cherchant la violence..” raconte Lundi Matin. “En parallèle, la Confédération paysanne a planté 300 m de haies, essentielles pour un modèle agricole sobre en eau et respectueux de la biodiversité. Elle a également monté une serre maraîchère afin d’aider à l’installation d’un paysan sur une parcelle proche de la bassine. Cette action montre qu’au-delà de l’opposition aux méga-bassines, c’est bien un autre modèle agricole plus résilient, partageur des ressources en eau et à taille humaine qui est défendu dans cette lutte.” ajoute Lundi Matin. 

200 blessés ont été comptabilisés parmi les manifestants : “Parmi eux, 40 ont été gravement blessés, dont 20 ont été hospitalisés. Il y a des pieds arrachés, une personne éborgnée, raconte l’un des organisateurs à Basta Mag. Trois personnes ont été évacuées en urgence vitale, deux sont entre la vie et la mort”. 

Il faut dire que comme le confirme Libération, des armes de guerre ont été utilisées sur le site, comme des grenades explosives (de type GM2L). Un secouriste témoigne dans 20 minutes des dégâts commis par ces grenades : “C’est celles-là qui ont défiguré des gens, précise le secouriste. J’en ai traité un qui n’avait plus de nez… Ce sont des plaies graves qui vont laisser des séquelles sur les militants (…) On a vraiment traité des plaies de guerre, dont beaucoup ont nécessité des pansements “israéliens”, c’est-à-dire qui sont utilisés par l’armée israélienne pour des plaies par balle pour permettre une compression sur le terrain, le temps de voir un médecin.”

Des grenades lacrymogènes ont été également tirées depuis des quads sur lesquels ont déboulé les policiers, tels les stormtroopers de l’empire dans Star Wars. 

Un blessé, S, est toujours dans un état critique. Le 29 mars, on avait confirmation, par un enregistrement diffusé par Le Monde et Mediapart, que le SAMU avait bien refusé de lui porter secours, sur ordre des autorités. Il s’agit d’un échange entre le médecin régulateur sur place et le SAMU, enregistré par la Ligue des Droits de l’Homme :  

“− Le médecin : Super. Vous en êtes où, là, de la plus grosse urgence absolue de ce que j’ai comme impression, moi, de loin ?

− Le SAMU : Alors déjà, le problème, c’est que vous n’êtes pas sur place, donc c’est un peu compliqué. On a eu un médecin sur place et on lui a expliqué la situation, c’est qu’on n’enverra pas d’hélico ou de SMUR sur place, parce qu’on a ordre de ne pas en envoyer par les forces de l’ordre. (…)

− L’avocate de la LDH Chloé Saynac : Vous avez interdiction d’intervenir ? Vous confirmez que vous avez interdiction d’intervenir ?

− Le SAMU : On n’a pas l’autorisation d’envoyer des secours sur place, parce que c’est considéré comme étant dangereux sur place.

− L’avocate : Et si vous n’y allez pas, ce ne serait pas une non-assistance à personne en danger ?

− Le SAMU : Nous devons avoir nos secours en sécurité également, malheureusement on n’a pas l’autorisation de les envoyer comme ça.

− L’avocate : Vous n’avez pas l’autorisation des forces de l’ordre ? Ou de ?

− Le SAMU : On n’a pas l’autorisation de toutes les institutions sur place, pour l’instant, on est sous leur commandement.

− L’avocate : Quelles institutions du coup ? On a besoin d’analyser très clairement parce qu’il y a quelqu’un qui peut décéder, donc pour que les responsabilités soient établies on a besoin de savoir.

− Le SAMU : On fait au mieux, mais malheureusement, il n’y a pas de possibilité d’envoyer…

− L’avocate : Qui interdit l’accès à ces personnes en danger grave, vital ?

− Le médecin : Et donc vous confirmez que c’est la préfecture qui a interdit l’accès ? C’est ça, en fait ?

− Le SAMU : Non, ce n’est pas la préfecture qui interdit l’accès, je vous dis que c’est le commandement sur place.

− Le médecin : OK. Comment fait-on pour contacter le commandement sur place ?

− Le SAMU : Ben, il faut passer par la préfecture. Je ne peux pas vous les passer directement.

− Le médecin : OK. Est-ce qu’on peut faire le 17 ? On peut avoir le commandement sur place ? Vous croyez ?

− L’avocate : Et c’est quoi, vous, votre contact avec eux ?

− Le SAMU : Nous, malheureusement, le SAMU, on est juste là, en fait on nous demande d’envoyer des moyens qu’on envoie à des points donnés, on ne peut pas faire plus.

− L’avocate : Je sais bien, je comprends, mais on essaie de vous permettre de travailler là, parce que vous êtes empêchés de travailler.

– Le SAMU : Oui, oui, mais du coup, on monopolise une ligne d’urgence. Merci beaucoup, au revoir. »

Depuis, S. est toujours dans le coma, son pronostic vital est toujours engagé.

Ce genre d’échange, on l’entend dans des films qui se déroulent sous des dictatures. Il est difficile de s’admettre cette réalité tant elle s’oppose à tout ce que nous avons l’habitude d’entendre sur le prétendu “pays des droits de l’homme”, mais nous arrivons à un stade de notre histoire où la vie des opposants aux pouvoirs en place est négligeable pour ceux qui sont aux commandes. Comme durant la répression des manifestations contre la réforme des retraites, une police en roue libre semble avoir reçu l’ordre de semer la terreur. Et l’État, sous la direction du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, la couvre.

Nous arrivons à un stade de notre histoire où la vie des opposants aux pouvoirs en place est négligeable pour ceux qui sont aux commandes.

Seule décision notable du gouvernement suite à l’enfer de Sainte-Soline : l’annonce de la dissolution des soulèvements de la terre, association écologiste co-organisatrice de la manifestation.

Répression, intimidation, interdiction des groupes d’opposants…Il faut être aveugle pour ne pas voir quel nom porte un régime qui agit de la sorte. Mais comme dans toute dictature, il faut des commentateurs complaisants pour légitimer cet objectif de terreur.

4 – Une couverture médiatique digne d’un régime autoritaire

Lundi matin, je roule à travers les champs rendus orange par l’épandage d’herbicides, à quelques kilomètres de Saintes, en Charente-Maritime. Je zappe sur RMC, “les grandes gueules”, l’émission de la petite bourgeoisie radicalisée. Sont présents en plateau l’avocat de droite Charles Consigny, la militante d’extrême-droite Zohra Bitan et l’économiste de gauche Thomas Porcher (qui, étrangement, ne dira pas grand-chose pour réagir aux énormités de ses collègues). Le niveau de l’émission est comme d’habitude affligeant, avec une défense de la police, des accusations visant la France Insoumise (qui seraient visiblement responsable de tout parce qu’une députée, Clémence Guetté, s’était rendue sur place) et une légitimation du projet de méga bassines à partir d’arguments pétés (“ça stocke le surplus d’eau”). Un seul argument est agité tout au long de l’émission, par les chroniqueurs “oui, mais la manifestation était interdite”.

Comme dans toute dictature, il faut des commentateurs complaisants pour légitimer cet objectif de terreur.

La plupart des commentateurs médiatiques de ce pays semblent infoutus de faire la différence entre le légitime et le légal. Tout régime injuste et autoritaire peut interdire des choses, ça ne veut pas dire qu’il n’est pas légitime de les faire, voire vital et nécessaire, dans le cas de la mobilisation anti-bassines. Ces mêmes commentateurs nous rabâchent depuis des mois “oui, mais il a été élu”, au sujet de Macron, pour justifier sa réforme que rejettent 7 français sur 10. Le message est clair, pour les “grandes gueules” qui ne sont décidément pas si grandes que ça, plutôt des gueules de gros lâches qui jugent le courage des autres depuis leur plateau parisien : si on se mobilise contre le gouvernement, il ne faut pas s’étonner de risquer sa vie.

C’est le message qu’ont délivré, l’après-midi même, l’ensemble des médias qui ont titré sur le fichage S du manifestant en urgence vitale à Sainte-Soline. Le message est donc le suivant : si vous êtes fichés, il est possible qu’on vous laisse agoniser si vous êtes gravement blessés en manifestation. 

Les premiers concernés nous avaient prévenus : quand, en 2015, le gouvernement socialiste a déployé une armada de lois sécuritaires et liberticides pour lutter contre le terrorisme, il était évident que ces armes allaient se retourner ensuite contre l’ensemble de la population, après avoir servi à mettre sous pression les musulmans et à les soumettre à un régime d’exception. Le fichage S tout azimut en fait partie : il s’agit d’une mesure de surveillance et de criminalisation qui se fait indépendamment des faits commis par celui ou celle qui en est l’objet. Principalement alimenté par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, anciennement les RG), ce fichage est extensif et n’est soumis à aucun contrôle judiciaire. 

Quand, en 2015, le gouvernement socialiste a déployé une armada de lois sécuritaires et liberticides pour lutter contre le terrorisme, il était évident que ces armes allaient se retourner ensuite contre l’ensemble de la population, après avoir servi à mettre sous pression les musulmans et à les soumettre à un régime d’exception.

Il faut noter que les services de renseignements sont de plus en plus actifs d’un point de vue de la propagande médiatique : ce sont certainement eux qui ont fait fuiter le fichage S du manifestant, sans en donner les motifs, manifestant qui se trouve encore aujourd’hui entre la vie et la mort. Ils ont désormais l’habitude de diffuser leurs rapports sur la situation du conflit social. Cette institution semble de plus en plus utilisée à des fins de propagande, pour légitimer par avance la répression féroce qui s’abat sur les manifestants. Pour la journaliste Pauline Bock, qui analyse pour Arrêt sur Images la façon dont ces notes de renseignements sont de plus en plus diffusées et commentées, “les événements du 24 et 25 mars à Sainte-Soline ont cristallisé la méthode des autorités : prédiction de présence “d’éléments radicaux” par des “notes du renseignement”, annonces du ministre, dispositif de répression inédit, discrédit du “fiché S”, et, enfin, dissolution, avec le concours discontinu du journalisme de préfecture.”

Le barrage, c’est maintenant 

Dans les médias, la peur du fascisme se concentre entièrement sur la famille Le Pen. En effet, le père comme la fille sont des héritiers de la collaboration et leur programme n’ont jamais passé sous silence leur ambition d’instaurer un régime de discrimination contre les musulmans et de réduction des libertés publiques. Mais ce chiffon rouge détourne l’attention du “déjà-là fasciste”, celui du régime macroniste. Et il devrait pourtant davantage nous inquiéter si nous regardons les précédents historiques : dans l’ensemble des pays où il s’est installé (Allemagne, Italie, France, Chili…) le fascisme a en grande partie résulté de la peur que les classes possédantes éprouvent à l’égard des mouvements sociaux. En Allemagne, Hitler est arrivé au pouvoir suite au choix du patronat allemand de faire appel à lui. En Italie, le Parti National Fasciste de Mussolini est créé en 1921 sur des bases antisyndicales et anticommunistes, qui lui vaut l’adhésion de la petite bourgeoisie. Au Chili, le régime de Pinochet advient après le renversement du socialiste Allende. En France, Pétain (auquel Macron rend hommage) met en place un régime de réconciliation nationale basé sur la volonté de nier et d’éradiquer la lutte des classes. L’histoire ne se répète jamais sous la même forme, mais on peut regarder ce qu’il s’est produit pour alerter sur ce qu’il se passe. 

Ce n’est décidément pas à une dictature verte que nous risquons de faire face, mais c’est bien dans une dictature capitaliste  que nous vivons

Quand un modèle agricole qui génère profit et rente est menacé par le changement climatique et celles et ceux qui veulent que l’on y fasse face, c’est toute une classe possédante qui se sent attaquée. Elle peut compter sur un État de plus en plus répressif pour la protéger. À mesure que les canicules et les sécheresses vont continuer, et que la colère citoyenne et paysanne va grandir contre l’agro-industrie qui continue à foutre en l’air notre écosystème, on peut s’attendre à voir se multiplier les actions répressives comme les manifestants ont connu à Sainte-Soline. Ce n’est décidément pas à une dictature verte que nous risquons de faire face, mais c’est bien dans une dictature capitaliste  que nous vivons.

Vous vouliez faire barrage en 2022 ? C’est le moment.


Nicolas Framont


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