Un “monde d’après” est possible, mais sans Macron et le capitalisme

“Le moment que l’on vit est un ébranlement intime et collectif”. Le ton grave, le teint orange, Emmanuel Macron profite de cette allocution pour faire comme si lui et ses sbires n’avaient pas merdé pendant plus d’un mois et nous imposer la venue d’un “monde d’après” à son image encore pire que l’ancien. 

Par chance, Macron nous a laissé la possibilité d’applaudir deux minutes avant le début de son allocution, à 20h02. “J”ai vu des ratés”, dit-il vaguement, avant d’affirmer “tirer toutes les conséquences”. Traduisons-le : les erreurs sont collectives, c’est-à-dire les nôtres également, et nous devrons donc faire les efforts pour rattraper les leurs. Nous imposer de l’ultra-libéralisme, une dette que nous devrons payer à leur place à coup de restrictions budgétaires et d’austérité venue d’un autre temps. Les applaudissements à 20h contribuent à cette mascarade, une forme de servitude volontaire plus ou moins inconsciente à destination des gouvernants responsables de la situation. Le plan hôpital prévu en sortie de crise par le gouvernement poursuit son appauvrissement et sa logique rentable. Un manque de moyens tragique, au regard du nombre croissant de morts et malades au sein même du personnel hospitalier que Macron se garde bien de commenter. On applaudit toujours  ? 

Un véritable scandale d’Etat au sujet des masques et Macron nous explique tranquillement que c’est “comme dans tous les pays du monde” (il ne doit pas parler de la Corée du sud), et annonce sans gêne qu’ils produiront cinq fois plus de masques (apparemment maintenant, c’est vachement important de porter des masques). Pas un mot de la pénurie de médicament qui menace, dont son gouvernement a pourtant été prévenu très en amont de l’épidémie, sans rien faire. Pas un mot de regret pour la dernière usine de masque, en Bretagne, qui a été fermée dans l’indifférence générale et de celle de son gouvernement en particulier.

Le vocabulaire guerrier n’a pas évolué depuis la dernière fois, ayant pour effet de créer une union nationale imposée factice et permettant aux macronistes de se dédouaner grâce à une communication par la terreur. “Toute personne ayant des symptômes pourront se faire tester dès le 11 mai”, affirme le président, soit environ un mois après les recommandations des médecins et la demande des biologistes du pays et des laboratoires vétérinaires de pouvoir tester en masse la population. Le gouvernement de l’expérimentation autoritaire nous laisse ainsi le doux non-choix entre un traçage numérique qui arrange bien ses sociétés capitalistes et autres start-up, et/ou un confinement total imposé et prolongé. Sans oublier l’utilisation perfectionnée des drones, une police en roue libre et une société de la surveillance accélérée, nul doute que les mouvements sociaux risquent d’être encore plus matés et réprimés, ce qu’il faudra savoir contourner et bien anticiper, à l’avenir. “Il faudra rebâtir le monde d’après”, dit-il, cynique. Pour nous ce sera sans lui et son monde, malgré sa volonté affichée de vouloir prendre nos désirs de voir le monde changer pour sa réalité. Malin de sa part, mais nous ne sommes pas dupes.

Casser encore un peu plus notre droit du travail déjà bien fragilisé par ses lois travail, en plus d’imposer aux salariés d’aller bosser dans des secteurs non essentiels ont encore de beaux jours devant eux. Evidemment, aucun mot du Président à ce sujet. Il évoque tout de même les “métiers fondamentaux pour l’économie”, sans aucune revalorisation salariale esquissée ou l’assurance de primes pour les risques encourus par ces salariés. Le coronavirus, dernier round du capitalisme ? Malheureusement, il est loin d’avoir dit son dernier mot, mais prouve une chose : que le monde continuerait de tourner sans lui et ses bullshits-jobs, et qu’il faudra tout faire pour stopper sa lente et pernicieuse propagation.

“Une aide aux familles les plus modestes et les étudiants précaires”. Voici un passage bien difficile à entendre et très hypocrite suite à une réforme de l’APL qui affecte les petits budgets ainsi qu’une réforme de l’assurance chômage particulièrement abjecte. Est ensuite évoquée une “fracture sociale” qu’il a lui même ouverte, le comble. Des inégalités scolaires qui se creusent, sans le dire explicitement (nous avions réalisé un reportage à ce sujet) et se bornant de l’évoquer que sous le prisme de l’accès au numérique.

Toujours sans aucun mot pour la Seine-Saint-Denis que son capitalisme contraint d’aller travailler parfois pour du travail non essentiel, et qui possède ainsi en plus de conditions de confinement particulièrement difficiles le douloureux record devant le Grand-est et Paris de pire département en terme de morts et de malades du coronavirus, avec des hôpitaux surchargés, auquel s’ajoute une violente répression et un contrôle des populations Noires et Arabes beaucoup plus fort que dans le reste de la France. Macron ayant fait sa petite balade de com’ à Pantin la semaine dernière, nul besoin de mettre la focale sur cette situation dramatique et tenter de trouver des solutions autres que répressives dans ces quartiers, ce n’est pas nécessaire. 

Que dire du retour des élèves dans les classes le 11 mai mais du maintien de la fermeture des restaurants et des cinémas si ce n’est que, décidément, les profs font partie des populations les plus méprisées du régime macroniste ? Dans des établissements où, avant le confinement, des enseignant dénonçaient l’absence de savon aux toilettes, il y aura donc des masques, des mesures de “gestes” barrières, des classes aux effectifs réduits (non)… et, surtout, des parents qui pourront retourner bosser, comme l’exige le MEDEF.

Bref, qui peut se sentir rassuré ou éclairé par un discours aussi nul, si ce n’est quelques éditorialistes qui vont feindre de s’étonner des références du président au Conseil National de la Résistance, cet organe fondateur entre autres de la sécurité sociale, qu’entre autres Macron s’est employé à démonter pierre par pierre ? Sarkozy avait cité Jaurès, Hollande disait détester les riches… Rien de nouveau sous le soleil. Les bourgeois aiment s’acoquiner avec les idées révolutionnaires pour mieux couper l’herbe sous le pied de celles et ceux qui y tiennent (encore). 

Nombreuses sont celles et ceux qui ont envie de penser à la suite, sans attendre de discours “churchillien”, d’élan lyrique ou de conversion subite de tel ou tel leader du vieux monde. Nous nous y employons. 7 propositions sont à venir sur notre site internet aujourd’hui.

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