Quatre ouvrages pour poursuivre la lutte des classes par temps de coronavirus

Le confinement est terminé, l’économie française est dans un sale état et Macron et ses sbires nous ont déjà annoncé la couleur : il va falloir bosser encore plus pour rattraper la croissance perdue. Voici quatre ouvrages pour leur dire qu’on ne marche pas, et propager la lutte des classes autour de soi.

“Riche, pourquoi pas toi ?”, de Marion Montaigne, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (2016)

Ce n’est pas parce qu’on gagne des millions au loto qu’on devient un riche pour autant. C’est ce qu’essaie d’expliquer l’illustratrice de BD Marion Montaigne avec les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, qui ont toute leur vie durant travaillé sur les riches. Dans sa BD, pleine d’humour et divisée en chapitres, elle raconte pas à pas le fonctionnement de la bourgeoisie : qui sont les ultra-riches ? Qu’est-ce que le capital culturel ? Pourquoi les bourgeois pratiquent l’entre-soi ? C’est quoi, la violence symbolique ? Et conclut : le problème, ce n’est pas tant qu’il y ait des riches – il y en a toujours eu -, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux, que les pauvres sont de plus en plus pauvres et que les bourgeois s’enrichissent en exploitant les travailleurs. Un bon rappel que la lutte des classes est toujours d’actualité. 

Si vous êtes déjà au parfum, cette BD est une bonne façon de réviser vos basiques sans relire l’oeuvre intégrale de Marx. Elle peut être aussi un excellent cadeau à offrir à ceux qui n’y connaissent rien, pour les faire basculer du bon côté de la barricade. 

“Au bal des actifs – Demain, le travail” (2018)

Ce recueil de nouvelles paru aux éditions La Volte, spécialisées dans la littérature de l’imaginaire et qui publie également les textes d’Alain Damasio (La Horde du Contrevent, Les Furtifs), agrège le travail de douze auteurs et autrices. Chacun d’eux dessine, à travers la fiction, ce que pourrait être le monde du travail dans un futur proche… et ça ne donne pas envie du tout. Ubérisation à l’extrême (des travailleurs rivés à leur écran, qui cumulent des dizaines de boulot différents en fonction de ce qui se propose), notation généralisée des salariés et des citoyens, management de la peur, intelligences artificielles qui prennent le contrôle… Au milieu de ces dystopies émergent tout de même de temps à autre des résistances : grèves générales, vie en dehors du système de surveillance, changement radical d’existence. 

Ces textes, s’ils dépeignent majoritairement des sociétés cauchemardesques, ont le mérite de se pencher réellement sur ce que pourrait devenir le monde du travail, et nous incitent à nous mettre en mouvement contre ces transformations déjà en marche. “Pessimiste de l’intelligence, optimisme de la volonté”, disait l’écrivain et historien Romain Rolland.

“L’amant de Lady Chatterley”, de D.H. Lawrence (1932)

L’amant de Lady Chatterley est surtout connu comme un roman sulfureux, qui a fait scandale au moment de sa sortie en 1960 (30 ans après son écriture) et a même donné lieu à un procès pour censure en Angleterre, en raison des scènes sexuelles explicites et des mots crus utilisés à plusieurs reprises. Pire encore : les deux amants du roman sont une femme de la haute bourgeoisie, Constance Chatterley, et un garde-chasse, Oliver Mellors. Un prolétaire donc. Scandale absolu aux yeux de la bourgeoisie anglaise de l’époque ! Heureusement, le roman gagna son procès et ouvrit la voie à une plus grande liberté d’expression en Angleterre. 

Mais L’amant de Lady Chatterley est aussi un grand roman sur l’avènement de la civilisation industrielle. De longs passages sont consacrés à l’activité minière et à la vie des mineurs, qui travaillent juste à côté du château où vit Constance Chatterley, pour enrichir son mari. D.H. Lawrence, lui-même fils de mineur, décrit très bien l’exploitation dont font l’objet les travailleurs, la course au profit, leur corps abîmé par la mine et les premières grèves. Il note avec lucidité la disparition de la vieille Angleterre, celle des cottages et de la noblesse campagnarde, “expropriée” par la construction de villages miniers ex-nihilo afin d’exploiter plus rapidement encore le charbon.

On peut même y lire, entre les lignes, un message écologiste : D.H. Lawrence pressentait déjà que l’extractivisme allait ruiner la planète. “L’auto monta péniblement à travers la longue rangée sordide de Tavershall, les maisons de brique noircie, les toits d’ardoise noire abrupts et luisants, la boue noire de charbon, les pavés humides et noirs. La tristesse semblait avoir tout détrempé. Rien de plus terrible que cette complète négation de toute joie de vivre, cette absence complète de l’instinct de beauté que possède même un oiseau, même un animal, cette mort complète de toute faculté d’intuition humaine”, écrit ainsi D.H. Lawrence. 

Le réel scandale du roman aux yeux de la bourgeoisie, c’est peut-être celui-ci : cinquante ans avant tout le monde, D.H. Lawrence a formulé une critique à peine masquée du capitalisme, qui dans sa course folle pour enrichir quelques-uns, détruit l’humanité de tous ceux qu’il enchaîne à sa cause. “Leurs vies sont industrialisées et désolées ; et les nôtres aussi”, constate Constance Chatterley devant son mari. CQFD.

Z, revue itinérante d’enquête et de critique sociale

Chaque année depuis 2009, les membres de la revue Z, “revue itinérante d’enquête et de critique sociale”, s’installent durant un mois au minimum dans un territoire, s’immergent dans les luttes locales, nouent des liens puis publient une revue de 200 pages, riche en photos et en illustrations. Le numéro 12, réalisé en Guyane, raconte ainsi en long et en large ce territoire ultramarin, grand oublié de la métropole, l’extractivisme dans la forêt amazonienne, les luttes des habitants contre le projet de méga-mine “Montagne d’or”, le quotidien des populations amérindiennes sans-papiers, les expropriations d’habitants pour construire de grands immeubles qui ne correspondent pas à leur mode de vie, ou encore la vie étrange dans la ville spatiale de Kourou, où on a l’impression “d’être le dernier piéton de l’humanité”.

Avant la Guyane, Z s’est rendu dans le Tarn (numéro épuisé mais consultable en PDF sur leur site), à Marseille, à Thessalonique en Grèce ou encore à Toulouse. Leur dernier numéro, qui vient de paraître, a été réalisé à Rouen, après l’incendie de l’usine Lubrizol et les pollutions chimiques qu’il a provoqué. Chaque numéro est un trésor d’informations, et un travail journalistique de très grande qualité, qui mérite d’être davantage connu. On vous recommande ! 

Frustration

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