Régime “universel” de retraites, sauf pour celles et ceux qui peuvent faire tomber un gouvernement

Il y a donc des “spécificités” de métiers que le gouvernement est prêt à reconnaître face à la retraites, et elles sont étrangement corrélées à la capacité desdits métiers à le faire tomber en cas d’arrêt de travail : policiers (mais pas la police scientifique), militaires, routiers, contrôleurs aériens, pilotes et maintenant pompiers seront donc exonérés – en partie – de la réforme des retraites et du “travailler plus tard pour toucher moins de pensions”.

Les policiers et les militaires sont devenus les derniers remparts d’un régime qui n’a plus rien d’autre pour se protéger d’utiliser et d’abuser de la violence. Les pilotes et les routiers sont ceux qui peuvent paralyser la marche capitaliste des choses et fâcher les patrons.

Les pompiers ont (presque) gagné, parce qu’ils se sont illustrés par leur capacité à foutre des coups aux flics, et qu’eux, on ne leur confisque pas leur équipement de protection en début de manifestation. Sans compter évidement une formation sportive de haut niveau et un prestige social à toute épreuve, qui ne fait pas d’eux des “méchants casseurs” ou des gitans boxeurs à emprisonner.

Quelle est la leçon à retenir de ces exonérations successives ? On peut être épargné par la régression sociale à coup de lacrymo, lorsque:

1 – On est un corps précieux à la survie du gouvernement face à une insurrection. Les égoutiers vivent en moyenne moins longtemps que les militaires. Dans le monde, le travail tue bien plus que la guerre, mais les travailleurs n’obtiennent rien.

2 – On est en capacité de bloquer la “libre-circulation” des marchandises. Le capital s’accommode de franciliens écrasés les uns contre les autres sur des quais de gare pour traverser une capitale devenue trop cher pour eux, avec 1 RER sur 10. Mais il ne peut tenir plusieurs jours avec des semi-remorques en panne ou des avions qui ne décollent pas faute de contrôleurs aériens.

3 – On est équipé et formé pour résister aux “forces de l’ordre” et mettre le chaos dans Paris.

Quelle conclusion tirer de tout cela ? Que 30 ans de social-traîtrise politique et syndicale ont retiré aux travailleurs une partie de leur capacité à se dire et à dire à leurs patrons “sans moi, vous n’êtes rien”. Comme la gauche a nié la valeur du travail, et que désormais même une eurodéputée de la France Insoumise peut proposer et assumer des stages à 42h par semaine, c’est l’ensemble des salariés qui se sont retrouvés à intérioriser l’idée qu’on leur “offrait un travail” (une “opportunité” dans le cas d’un stage sous-payé), qu’ils représentaient un coût et non un prix, et ils en ont oublié progressivement leur force.

“Si je m’arrête, je bloque quoi ?” s’interrogent nombre de salariés du privé qui, en plus, ne sont pas comptabilisés s’ils le font.

Une classe laborieuse consciente de sa force et de ce qu’elle représente face à une bourgeoisie qui, sans elle, n’est rien, pourra triompher face à la cruauté sociale dont cette dernière fait preuve à son égard. Ça demande beaucoup de travail, mais depuis le début des gilets jaunes, on progresse collectivement sur ce terrain.

Et sinon, il reste l’insurrection.

Frustration

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