La police est-elle structurellement raciste ?

“On ne peut pas dire que toute la police soit raciste”, “ce n’est pas parce qu’il y a quelques dérapages individuels que c’est l’institution en elle-même qui est en cause”, “le racisme structurel ? oui ça existe… aux Etats-Unis. Ce ne sont pas les mêmes problématiques ici”, “on ne peut pas généraliser”… Voilà ce que nous rabâchent nos éditorialistes et nos responsables politiques, plus fébriles les uns que les autres, depuis deux semaines. Et, si, pourtant, nous avions tous les éléments pour affirmer que la police est, effectivement, brutale et raciste ? Car si la réponse est pourtant absolument évidente et documentée, cela n’empêche pas les médias et les syndicats de police de présenter l’accumulation pourtant édifiante de preuves comme une succession de faits divers marginaux, qui ne seraient pas représentatifs. Les groupes Facebook de policiers avec des centaines de commentaires racistes, les insignes nazis, les dénonciations parfois de policiers eux-mêmes, et les tas de vidéos, n’auraient, de ce point de vue, rien de spécifique à la police. Hors, non seulement il y a bien du racisme dans la police, mais il se pourrait bien qu’il caractérise fondamentalement cette institution.

Des policiers massivement d’extrême-droite

Environ 70% des policiers votent pour l’extrême droite (67% selon le CEVIPOF, 2016 & 2017). Les 30% restant votent pour leur immense majorité François Fillon.

Ce chiffre est d’ailleurs souvent minoré, notamment parce que les médias y ajoutent les militaires et les policiers à la retraite, qui votent beaucoup moins pour le Rassemblement national (RN), faisant tomber le chiffre aux alentours de 50-55% – ce qui reste colossal et ne change pas fondamentalement les conclusions que l’on peut en tirer.

C’est la définition même d’un effet de structure : le comportement politique de la police, contrairement au reste de la population, est majoritairement d’extrême droite. Elle vote trois fois plus pour le RN que la moyenne nationale. Et ces enquêtes sont bien faites : elles ne se limitent pas au simple choix du bulletin glissé dans l’urne mais aussi aux thématiques privilégiées, ce qui témoigne de la vision du monde dont ces votes procèdent. Et on découvre, pour ceux qui ont la mauvaise foi d’en douter (et il y en a) : non, les policiers ne votent pas RN par souci de souveraineté monétaire…

Dire comme le font beaucoup qu’il n’y a pas plus de personnes d’extrême droite dans la police, ou que cette dernière est à l’image de la société est donc scientifiquement faux.

Il faut donc bien en prendre la mesure car c’est assez vertigineux : la grande majorité du seul corps habilité à user de la violence, à être armé, et en contact très régulier avec des personnes racisées, des militants politiques et des syndicalistes est massivement d’extrême droite.

Et cela ne devrait avoir aucun effet ?

Préciser que la police est structurellement d’extrême droite – et donc structurellement raciste – mais pas “seulement”  permet de mieux appréhender la dimension politique globale des brutalités qui nous sont présentées de manière éparse.

Les violences quotidiennes, depuis des décennies, contre les noirs et les arabes, les habitants des quartiers populaires, contre les migrants : Adama Traoré, Cédric Chouviat (savoir que ce dernier était musulman et l’a notifié aux policiers permet de voir l’affaire sous un nouveau jour), Zineb Redouane… s’incluent dans le même logiciel politique qui aboutit à mutiler, éborgner, démembrer les gilets jaunes, fracasser le crâne de Geneviève Legay, militante sexagénaire d’ATTAC, menacer de viol une observatrice de la Ligue des Droits de l’Homme, charger des jeunes qui font la fête sur un bord de quai après qu’ils aient lancé une chanson protestataire contre…le Front national.

Il ne s’agit pour autant pas de mettre sur un strict plan d’égalité des populations (les racisés, les habitants des quartiers populaires…) qui sont frappées par ce racisme et ces violences depuis bien plus longtemps et avec une invisibilisation encore plus forte, avec d’autres couches qui n’y sont confrontées que plus récemment (étudiants, classes moyennes écolos, gilets jaunes…). Il est d’ailleurs vrai que le racisme ne se cantonne pas à l’extrême droite : d’où les 33% de policiers restants ?

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Dire qu’un phénomène est structurel, c’est constater que des faits sociaux observés ne sont pas le fruit de dérives individuelles, mais celui d’une structure, en l’occurrence d’une institution. Nous avons acté du nombre de policiers affiliés à l’extrême droite (55-70% selon les enquêtes) et il est important car il permet de ne pas se limiter à “quelques preuves” qui n’en seraient pas, comme l’affirme par exemple Raphaël Enthoven. Mais alors comment cette structure elle-t-elle devenue aussi pourrie ? Quelques hypothèses.

1 – Une impunité quasi-totale lui est donnée par la classe dominante

Le premier constat que l’on peut faire pour y répondre est qu’elle est défendue à 100% par la classe dirigeante, ce qui lui garantit une impunité presque totale. Ce blanc-seing systématique lui permet de libérer ses pulsions dans une fuite en avant sans fin.

Au cœur de ce bloc bourgeois : le gouvernement et l’Etat qui se sont enfoncés dans un déni orwellien. Le travestissement de la réalité par la parole publique a déjà atteint de tels niveaux dystopiques qu’il rappelle forcément la propagande totalitaire du siècle dernier. C’est généralement à ce moment-là que le bourgeois s’affole du “manque de nuance” de cette comparaison, sans être plus ému par ce qui se joue réellement.

Je ne connais aucun policier, aucun gendarme qui ait attaqué des Gilets jaunes” (Castaner, janvier 2019), “Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces sont mots sont inacceptables dans un Etat de droit” (Macron, mars 2019).
Ainsi pour le ministre de l’intérieur les violences policières n’existent tout simplement pas, et pour le président nous n’avons d’ailleurs pas le droit d’utiliser ce mot car nous sommes “dans un Etat de droit” (le niveau de dissonance cognitive de cette affirmation, qui suggère que dans un Etat de droit ce ne sont pas les violences qui sont inacceptables, mais d’en parler, est à la limite de la pathologie). Le mensonge pour protéger la police est donc devenu systématique.

De ce point de vue les conclusions de l’IGPN, “la police des polices”, tout comme celles des préfectures et des procureurs, sont assez fascinantes. Théodore Luhaka a une déchirure anale de 10 cm suite à son arrestation ? Ce n’est pas un viol, c’est simplement son pantalon qui a glissé avant qu’il ne tombe accidentellement sur la matraque télescopique. Une centaine de lycéens agenouillés et humiliés à Mantes-la-Jolie ? C’est tout à fait normal. Adama Traoré, 24 ans, meurt lors de son interpellation ? C’est d’épuisement, parce qu’il a couru 450 mètres. Zineb Redouane, Algérienne de 80 ans, prend une grenade en plein visage, elle hurle ensanglantée qu’elle a été visée par un policier avant de mourir sur le bloc opératoire ? C’est la faute de l’opération de ses fractures au visage, aucun lien avec la police donc (la phrase de Castaner à ce sujet est assez incroyable : «Zineb Redouane est sur son balcon, elle ne manifeste pas, elle est atteinte par une grenade lacrymogène, elle va à l’hôpital parce qu’elle est blessée dans ce cadre-là, et l’enquête indique qu’elle meurt d’un choc opératoire. Alors je veux bien qu’on accuse la police de tout !”). Jérôme Rodrigues est éborgné en plein live Facebook ? Il n’y aucun élément qui puisse faire penser à un tir LBD, non vraiment rien, peut-être une balle de ping-pong, peut-être que l’œil était mal calé dans l’orbite, le mystère est complet. Geneviève Legay, 73 ans, a le crâne fracassé lors de la dispersion d’une foule pacifique ? Elle est tombée toute seule, sûrement un problème d’équilibre et de “sagesse”. Steve est mort noyé à Nantes, 14 autres personnes sont “tombées” dans la Loire après une charge policière ? Il n’y a vraiment, mais alors vraiment rien qui puisse attester du lien de corrélation entre ces deux évènements (à part une centaine de témoins). Cédric Chouviat ? Il est tombé tout seul. Et Gabriel, 14 ans, à la gueule tuméfiée ? Pareil, et un policier a “peut-être” trébuché
On pourrait continuer cette longue liste presque à l’infini. Elle donne une idée de l’indéfectible soutien de toute la hiérarchie, d’un appareil d’Etat qui couvre absolument tout, jusqu’à l’absurde. 

L’appareil judiciaire est lui aussi transformé en véritable usine à blanchir, avec une indulgence exceptionnelle dont peu de citoyens ont la chance de bénéficier. En 2017, Streetpress se penchait sur 10 ans de violences policières et les cas de 47 interpellés morts bien que désarmés pour constater qu’aucun policier n’avait jamais le fait le moindre séjour en prison. 

2 – Une couverture médiatique qui euphémise et nie la violence policière

Au sein de ce bloc bourgeois prêt à toutes les compromissions pour couvrir la police, viennent ensuite les médias, des alliés des premiers, encore plus dociles que le plus soumis des organes d’Etat. Pour se donner un ordre d’idée de ce “journalisme de préfecture” on pourra lire les analyses très documentées d’Acrimed, ou les chroniques de Samuel Gontier. Il faut voir par exemple Nicolas Domenach, sur BFM TV, hurler sur Jérôme Rodrigues, qui a perdu son œil, qu’il n’a pas le droit de dire “des mots comme tirer dessus” (le fameux “sens de la nuance”).

Les journalistes qui décident de ne pas se soumettre et abordent ce sujet avec un peu de sérieux en font les frais : arrestations, intimidations, convocations, violences… et ne sont par conséquent ni bien nombreux, ni très audibles dans les médias dominants.

Au sein du paysage audiovisuel, les intellectuels médiatiques, faux intellectuels et vrais bourgeois, prennent eux aussi très à cœur leur rôle de couvrir coûte que coûte le racisme et la violence de la police. On peut même dire qu’ils s’en donnent à cœur joie. Philippe Besson engueule Camélia Jordana. Michel Onfray fait son “éloge de la police“, où il dit que nous vivons effectivement dans un Etat raciste mais…contre “le mâle blanc hétérosexuel”, un “apartheid inversé”. Yann Moix, néonazi repenti, fait très très fort en considérant que “céder à la foule des Noirs qui revendiquent, c’est la définition même du racisme”, trouvant le moyen de parler sans broncher de “manifestants noirs” quelques phrases avant de dire  que “le racisme réside dans le seul fait de distinguer une couleur”. Raphaël Enthoven quant à lui, fait du Raphaël Enthoven et s’époumone sur les radios pour nous convaincre qu’une institution ne peut pas être raciste. On pourrait s’étonner, dans le pays du structuralisme, de l’incapacité de nos intellectuels à faire système, à lier les choses qui doivent l’être, bref à penser. François Bégaudeau, notamment sur le cas spécifique de Raphaël Enthoven, nous donne quelques éléments de réponse :  “Bourgeois est la synthèse d’une condition et d’un système d’opinions, celui-ci est justification et défense de celle-là. Tu as les opinions de ta condition, les positions de ta position”[1]. Autrement dit, les bourgeois ont bien compris l’intérêt qu’ils ont à laisser les mains totalement libres à la police, fusse t’elle d’extrême droite, pour mater des couches de la population dont ils sentent, d’ailleurs à raison, qu’elles pourraient un jour devenir menaçantes pour leurs privilèges.

Un autre espace du champ médiatique a fini par percevoir les violences policières et racistes, mais s’est trouvé, lui aussi, complètement incapable de les penser. Ainsi ils citent les événements, toujours classés dans la rubrique “faits-divers”, mais de manière complètement clinique, faussement neutre, sans en tirer la moindre conclusion. Pour eux, un policier braquant son arme sur deux jeunes femmes témoins de violences policières en les traitant de “bougnoules”, c’est au choix “houleux” (La Dépêche), ou “tendu” (L’Obs). Et pour RTL, étouffer un noir pendant 8 minutes qui supplie qu’on l’épargne, c’est comment ? “Musclé” ! Ces médias participent, par leur sémantique, à une euphémisation complaisante de la brutalité policière, ce qui contribue à son impunité et sa fuite en avant. Pour eux, les victimes de violences policières ne sont pas tuées ou blessées par la police, ils le sont “par des LBD“[39], par des gestes, par des grenades. Ils “perdent” leurs mains et leurs yeux comme d’autres perdent leurs portefeuilles. Les armes sont mises en cause d’une façon qui laisserait presque oublier ceux qui s’en servent. Pourtant qui fait la demande de ces armements ?

3 – Des syndicats de police puissants et protecteurs

C’est le moment d’évoquer les syndicats de police. Ils constituent, eux aussi, par leurs prises de position, une preuve du problème structurel de la police. Les syndicats majoritaires défendent absolument tout et demandent toujours les mesures les plus droitières. Avec des taux de participation aux votes extrêmement élevés, de l’ordre de 85%, on peut considérer qu’ils sont très représentatifs. Alors on a bien entendu parfois des syndicalistes dénoncer leur institution, comme Alexandre Langlois ou Noam Anouar. Points communs entre les deux ? Ils font partie de VIGI, le syndicat “de gauche”, qui représente…0,4% des policiers. Autre point commun : contrairement aux policiers qui ont “interpellé” Cédric Chouviat, ils ont été tous deux suspendus.

Le rapport de force des syndicats de police vis-à-vis du gouvernement s’est considérablement renforcé. Ces derniers ont clairement identifié qu’ils étaient le dernier rempart du gouvernement, et d’une bourgeoisie prête à toutes les compromissions pour se préserver face à une haine populaire qu’ils commencent à mesurer. Et ils ont en profité au maximum. C’est ainsi qu’on peut expliquer le déchaînement auquel on assiste depuis quelques années. La bride a été totalement lâchée, au point de ne plus supporter la moindre contrainte, la moindre critique. En creux, une menace à peine voilée : si le gouvernement ne cède pas à l’intégralité de leurs exigences, s’il ne ferme pas les yeux sur les violences et les actes racistes, il ne faudra pas compter sur eux pour arrêter les fenwicks qui ne tarderont pas à venir défoncer les portes d’autres ministères.  Dernier chantage en date ? Puisque qu’ils n’ont plus le droit d’étrangler, soit Castaner leur accorde le taser, soit ils arrêtont les interpellations. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur leur accordait le pistolet électrique. Il ne faut surtout pas croire que cela va les calmer : le fait même d’évoquer des faits de racisme est considéré par eux comme un affront inacceptable.

4 – Une histoire raciste qui n’est pas réglée

Pour comprendre le racisme structurel de la police française et sa brutalité, il faut aussi se pencher sur l’histoire de l’institution. Force est alors de constater que les phénomènes auxquels nous assistons ne sont pas bien neufs.

C’est déjà elle qui tire sur les grévistes sur ordre de Clémenceau en 1908, qui collabore à outrance avec les nazis, qui massacre les Algériens à Sétif en 1945, ou à Paris en 1961… Or cette histoire ne s’efface pas si simplement. Pour la simple raison qu’une génération de policiers est formée par la précédente…


Dans ses différents ouvrages (L’Ennemi intérieur : généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, 2009, La domination policière, 2012…) le sociologue Mathieu Rigouste s’est penché sur l’héritage colonial du “maintien de l’ordre à la française” et notamment des méthodes de la guerre en Algérie. Il montre, par exemple, comment la BAC (Brigade AntiCriminalité), s’est formée au début des années 1970 via les personnels, les “grilles idéologiques” et les “boîtes à outils pratiques” des polices endo-coloniales. Il entend par ce terme les polices qui, au sein de la métropole, traitaient avec certaines populations sur des critères “socio-racistes”, comme par exemple la Brigade de surveillance des Nord-Africains (1925-1945) qui deviendra ensuite la Brigade Agression et Violence. Autre exemple : les grenades explosives, que seule la France utilise en Europe dans des opérations de “maintien de l’ordre”, étaient déjà “utilisées massivement contre les manifestations et les révoltes des colonisés algériens” avec “de nombreuses blessures et des mutilations identiques à celles d’aujourd’hui”. 

 5 – La police peut-elle être autrement que violente et raciste ?

Il faut alors considérer une autre possibilité, celle que la police pourrait être intrinsèquement violente et raciste. Malgré que cette idée soit plus dérangeante, il faut lui reconnaître une certaine logique. Sur le premier aspect en tout cas, on peut tomber d’accord avec Frédéric Lordon : “qu’on trouve surreprésentés des individus violents à l’embauche des institutions de la violence, il ne devrait y avoir là rien pour étonner”.

Si le rôle historique de la police est le maintien de l’ordre, c’est-à-dire de l’ordre bourgeois, il est d’un coup beaucoup moins surprenant que ceux qui s’y trouvent attirés soient des amoureux “de l’ordre pour l’ordre”. Et ce qui devient alors étonnant ce n’est plus qu’un tiers des Français ait peur de la police, mais que “seulement” un tiers en ait peur. Ce serait là l’exception historique au sein d’une histoire où les classes populaires avaient bien su identifier leurs ennemis. On pourrait alors paraphraser Peter Gelderloos et son super bouquin Comment la Non-Violence Protège l’Etat (dispo gratos ici) : “Le fait que la police jouisse d’un large soutien populaire est une singularité historique incroyable, qui les pousse à se prendre pour des héros, alors qu’il y a peu de temps encore, on savait parfaitement que ce sont des ordures et des larbins de la classe dominante[2]”.

Si cette idée est dérangeante c’est que les conclusions que l’on peut en tirer ont tendance à donner le tournis à nos bourgeois et intellectuels organiques. Enthoven encore : “le racisme d’Etat vous ne pouvez pas le résorber, il faudrait supprimer l’Etat si lui-même est raciste !“. Ne nous tente pas trop.

Une histoire raciste, une violence intrinsèque, un gouvernement aux abois prêt à tout autoriser et des médias aux ordres, voilà comment la police est devenue un véritable nid à fachos.

Mais alors que faire ?

C’est toujours la question la plus difficile. D’une manière générale, la ligne qui consiste à laisser les premiers concernés décider des méthodes de lutte les plus efficaces est la plus appropriée. On peut toutefois chercher quelques pistes.

L’histoire récente peut nous en donner. On pense par exemple aux Black Panthers, qui, constitués en groupes d’autodéfense patrouillaient en nombre pour surveiller les agissements de la police, connaissaient parfaitement leurs droits et les communiquaient aux leurs quand ils étaient arrêtés.

Ces dernières années de nouvelles méthodes de contrôle de la police ont émergées, comme le copwatching. Pour une fois cet anglicisme n’est pas un concept pété de la startup nation. Il s’agit tout simplement de filmer la police. C’est essentiel car il faut être très clair : sans images pas d’affaire Chouviat, pas d’affaire Floyd… Il faut toutefois être extrêmement prudent car cela peut-être dangereux (Cédric Chouviat a lui-même été brutalisé après s’être mis à filmer). L’Observatoire national des pratiques et des violences policières et le collectif Urgence notre police assassine ont lancé leur application Urgence violences policières qui permet que les images que vous filmez soient instantanément stockées sur un serveur, pour éviter que le matériel de prise vidéo soit détruit par les FDO. Preuve que ces vidéos dérangent : la volonté répétée de nos politiques de les faire interdire… Voilà un geste barrière facile à adopter : filmez la police, ça peut sauver des vies !

L’objectif aujourd’hui est d’arriver à créer un rapport de force tel que l’impunité policière soit perçue comme une source future de désordre par les gouvernements et que les flics impriment que nous n’accepterons plus en silence.

Nous verrons ce qu’il en sera sur le long terme mais il faut reconnaître aux protestataires américains les quelques succès non négligeables qu’ils viennent de remporter.

Au-delà d’avoir contraint Trump à aller se planquer dans son bunker, ils sont parvenus, s’agissant de la mort de George Floyd, à faire requalifier les faits en meurtre et à faire inculper les quatre policiers présents. Le meurtrier, Derek Chauvin, risque maintenant jusqu’à 40 ans de prison. C’est instaurer cette menace qui poussera les policiers à hésiter davantage avant de se lâcher. Les manifestants américains ont également réussi à imposer dans l’espace public des idées qui auraient parues absolument démentes il y a encore quelques semaines. On a ainsi vu une actrice de la série Orange is the new black faire campagne pour…l’abolition de la police ! On est loin des filets d’eau tiède que l’on a ici de la part de notre gauche culturelle (à quelques notables exceptions)…

Alors comment créer ce rapport de force ici ? La meilleure idée reste de suivre la voie tracée par ceux qui se battent depuis longtemps sur ces sujets, à commencer par le collectif Justice pour Adama Traoré. Et visiblement, ça ne passe pas par aller boire le thé avec Belloubet ou défiler sagement avec les restes cadavériques du Parti socialiste.
  


Rob Grams

Image de Une par Serge d’Ignazio

Frustration

GRATUIT
VOIR