Répression syndicale en Moselle : entretien avec Christian Porta délégué CGT
Christian Porta de la CGT Ă€ l’usine agro-alimentaire Neuhauser, situĂ©e en Moselle, bastion ouvrier, Christian, dĂ©lĂ©guĂ© CGT et figure locale ayant participĂ© Ă tous les combats sociaux des dernières annĂ©es, est accusĂ© par sa direction de “harcèlement moral” et menacĂ© de licenciement.Â
Ses collègues se sont mis en grève une heure par jour contre ce qu’ils considèrent comme une rĂ©pression syndicale, mais aussi pour leurs salaires.Â
Le PDG est Thierry Blandinières. Son groupe, InVivo, union de coopératives agricoles, compte 14 500 salariés, réalise 12,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans 35 pays et contrôle 40% des exportations de céréales françaises. Il convoitait récemment le groupe Casino, finalement emporté par Daniel Kretinsky, dont nous faisons le portrait dans notre dernier numéro papier.
RĂ©volution Permanente a dressĂ© un portrait très complet d’InVivo, ce gĂ©ant de l’agro-alimentaire pratiquant le “greenwashing” (se parer de fausses vertus Ă©cologistes pour des raisons d’image de marque), mais qui s’acharne en rĂ©alitĂ© contres les syndicats et les Ă©cologistes. Il est Ă lire ici. Â
Nous avons discuté avec Christian de la répression, mais aussi des combats menés, de ce qu’ils ont réussi à obtenir. Propos recueillis par Rob Grams
Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’est InVivo et la situation actuellement dans votre usine ?Â
Je suis dĂ©lĂ©guĂ© syndical de l’usine Neuhauser qui appartient au groupe InVivo.Â
InVivo, le nom n’est pas connu, mais il faut se dire que c’est un gĂ©ant de l’agro-alimentaire et de l’agro-business. Personne ne connaĂ®t le nom, mais c’est Jardiland, c’est Gamm Vert… Par exemple, dans la boulangerie industrielle dans laquelle je travaille, on produit tous les pains et croissants de Lidl de toute l’Europe. Les trois quarts des ports cĂ©rĂ©aliers appartiennent Ă mon patron. On le retrouve sur plein de projets de mĂ©ga bassines. Il est connu pour vendre des pesticides aux agriculteurs. D’ailleurs GreenPeace l’avait dĂ©noncĂ© et avait gagnĂ© au tribunal face Ă lui car ils disaient que c’était un “empoisonneur d’agriculteurs”. LĂ , il y a un article de Challenges qui le prĂ©sente comme l“homme le plus puissant de l’agriculture française”. C’est quelqu’un qui pèse et porte une responsabilitĂ© dans la crise agricole qu’il y a en ce moment. Il se vend comme une coopĂ©rative, mais il utilise des mĂ©thodes anti-syndicales et anti-Ă©colos depuis le dĂ©but. Il veut ĂŞtre l’ “Amazon” de l’agriculture. Moi j’ai travaillĂ© Ă Amazon, je sais ce que c’est d’y travailler, dĂ©jĂ qu’on galère, on n’a pas envie de galĂ©rer comme les collègues d’Amazon…parce que que ce soit au niveau social ou environnemental, on sait que ce n’est vraiment pas le meilleur exemple. Il parle aussi de la “troisième rĂ©volution de l’agriculture”, mais on voit surtout que ça consiste Ă Ă©couler ses pesticides le plus longtemps possible en appelant ça des “pesticides verts”. Les “pesticides verts” on sait très bien que ça n’existe pas…Â
Et donc ce qui se passe à l’usine, c’est que nous sommes en grève depuis 3 semaines. La CGT avait prévenu la direction que si nous n’avions pas d’augmentations nous nous mettrions en grève.
Le 7 février, je vais à l’usine, en pleines négociations annuelles obligatoires sur les salaires, pour prendre mon poste et là , la direction m’attend avec un huissier de justice et me donne une mise à pied conservatoire me disant que je n’ai plus le droit d’être sur le site et que je dois partir. Conservatoire, ça veut dire en attendant qu’il y ait une enquête impartiale qui soit menée. J’apprends que je suis accusé d’“harcèlement moral” envers ma direction. Je leur explique qu’ils ne peuvent pas m’interdire de venir sur site en tant que délégué syndical. Eux me répondent qu’ils le peuvent afin de préserver la santé “des travailleurs” de la direction (normalement ils disent toujours “collaborateurs”).
Officiellement je suis la seule personne habilitĂ©e Ă pouvoir mobiliser les gens et ils m’interdisent de venir, ce qui est un gros problème.Â
Vous êtes accusé d’ “harcèlement moral” envers votre direction ?
Oui. Les faits qui me sont reprochĂ©s, c’est de faire mon travail. Je suis dĂ©lĂ©guĂ© syndical et ma mission est justement d’aller voir ma direction Ă rĂ©pĂ©tition pour demander des augmentations de salaires et alerter sur les conditions de travail. C’est mon rĂ´le, j’ai Ă©tĂ© Ă©lu par mes collègues pour ça. Et je n’ai pas Ă©tĂ© Ă©lu Ă 10%, nous avons Ă©tĂ© Ă©lus Ă 74% aux dernières Ă©lections. Nous avions fait 73% Ă celle d’avant. Sur huit ans, cela montre que nous avons fait du bon boulot, sinon les collègues nous auraient dĂ©jĂ virĂ©s. C’est ça que la direction veut casser. On a obtenu les 32 heures payĂ©es 35. Pendant le Covid, on a rĂ©ussi Ă mettre en place notre propre protocole sanitaire alors que la direction refusait de nous fournir en masques. Toujours pendant le covid, notre patron voulait jeter des produits propres Ă la consommation et qui s’appellent les “contrats-date” et que normalement on vend Ă des destockeurs. On a rĂ©quisitionnĂ© plus de 700 palettes, ce qui reprĂ©sente des centaines de milliers de produits qu’on a redistribuĂ© aux associations. On est connu pour ça en Moselle, pour notre combativitĂ©. Autre exemple : ils ont fermĂ© une usine en face de la nĂ´tre, on a rĂ©ussi Ă batailler pour la rouvrir. Ce sont nos faits d’armes et c’est ça qu’ils attaquent.Â
» On est connus pour ça en Moselle, pour notre combativité «
Christian porta, délégué cgt
Pour revenir à l’accusation, ils ont refusé de saisir la référente harcèlement du site qui est la personne normalement habilitée et mandatée par le CSE pour les cas de harcèlement. Ils ont pris quelqu’un de la direction, d’un autre site en plus. C’était déjà un problème.
Ils font une enquĂŞte soi-disant impartiale et on se rend compte qu’avant mĂŞme que je sois convoquĂ© Ă un entretien, mon DRH, SĂ©bastien Graff, sur Twitter, commence dĂ©jĂ Ă faire des tweets en disant que je suis un harceleur. Il y a une vidĂ©o de François Ruffin qui m’apporte son soutien parce qu’on prĂ©voyait de faire un rassemblement, et lui rĂ©agit en disant que le parti de François Ruffin a l’habitude de soutenir les harceleurs. Dans un autre tweet, il propose mĂŞme de me payer 3 ans de salaire pour que j’aille travailler Ă la France Insoumise et que je quitte l’usine… Bref, il me salit et va loin, alors que normalement il n’est pas censĂ© ĂŞtre au courant de l’enquĂŞte et de ce qu’il y a dedans, car c’est supposĂ© ĂŞtre confidentiel.Â


Finalement l’enquĂŞte est menĂ©e, on a le rendu qui confirme notre version : il n’y a pas de faits de harcèlement. On est allĂ© au tribunal pour contester l’interdiction d’aller sur site. Le tribunal nous dit la mĂŞme chose : c’est interdit de m’interdire l’accès, il n’y a aucun fait de harcèlement car la direction a Ă©tĂ© incapable de dĂ©montrer les faits, donc l’accès m’est autorisĂ©.Â
Vous pouvez maintenant rentrer de nouveau sur le site ?
Oui, mais je suis toujours suspendu et pas payĂ©. J’ai eu mon entretien disciplinaire oĂą ils demandent maintenant mon licenciement. Le CSE a refusĂ© mon licenciement mais c’est l’inspection du travail qui tranche.Â
Depuis le 7 fĂ©vrier, il y a des huissiers qui sont postĂ©s 24 heures sur 24 Ă l’usine pour surveiller mes moindres faits et gestes. Le local syndical est le seul endroit de toute l’usine oĂą j’ai le droit de zoner sans huissier de justice. Partout oĂą je vais ils me suivent, littĂ©ralement, ils sont Ă un mètre de moi. Quand je parle avec les collègues, ils Ă©coutent ce que je dis. Quand je suis en rĂ©union, il y a une fenĂŞtre dans la salle de rĂ©union, ils regardent Ă travers et notent. MĂŞme quand je vais aux toilettes, ils viennent avec moi, pour vous dire un peu le truc. Ils sont partout. Je suis en salle de pause, ils sont en salle de pause. Je joue au babyfoot avec les collègues ils sont lĂ . Des fois on rigole on leur dit “viens compter les points, lĂ il a mis une gamelle, est-ce qu’il a mis le but ou pas ? Viens constater qu’au moins tu serves Ă quelque chose”. Il y a une ambiance policière. Les collègues ironisent un peu. Ils ont mis une photo de ma tĂŞte Ă la fenĂŞtre du local syndical pour que les huissiers ne puissent pas savoir si je suis lĂ ou pas. J’ai vu une dizaine de huissiers depuis le dĂ©but qui ne font que zoner dans l’usine. On a estimĂ© ça Ă environ 200 000 euros, sur mon site ça reprĂ©sente 600 euros par salariĂ©, on a fait les calculs. Ils auraient pu nous donner une prime Ă la place. Il y avait aussi 4 vigiles en permanence, ça ils ont arrĂŞtĂ© depuis la semaine dernière.Â
» Il y a des huissiers qui sont postés 24 heures sur 24 à l’usine pour surveiller mes moindres faits et gestes (…) Partout où je vais ils me suivent (…) Même quand je vais aux toilettes, ils viennent avec moi «
Christian Porta, délégué cgt
Après on est une Ă©quipe, donc les camarades peuvent militer, mĂŞme les syndiquĂ©s. Presqu’un salariĂ© sur trois est syndiquĂ© Ă la CGT dans l’usine. Mais justement, mon cas peut servir Ă faire un exemple. Et surtout ça entrave mon mandat car certains collègues veulent me confier des choses confidentielles, qui ne regardent qu’eux, un problème financier, personnel… C’est l’esprit de camaraderie qui est prĂ©sent Ă l’usine, mais lĂ les collègues n’osent plus. On est obligĂ©s de se voir en dehors de l’usine. Ça a un impact horrible.Â
Vous ĂŞtes accompagnĂ© par l’avocate Elsa Marcel (que nous avions interviewĂ©e) c’est bien ça ?Â
Oui, elle m’accompagne sur tout le volet juridique.Â
Au niveau du site, ce sont les collègues qui m’ont accompagnĂ©. Pour l’entretien on avait fait un gros rassemblement de plus de 200 personnes devant le siège.Â
La grève a Ă©tĂ© très suivie, mĂŞme si elle commence un peu Ă diminuer.Â
Revenons un peu en arrière. Votre Ă©quipe de la CGT a Ă©tĂ© de tous les grands mouvements sociaux des dernières annĂ©es. Vous vous ĂŞtes notamment liĂ©s aux Gilets Jaunes. Ă€ l’échelle nationale cette jonction syndicats-gilets jaunes a Ă©tĂ© complexe. Est-ce que vous pouvez nous raconter comme ça c’est passĂ© ?Â
On a Ă©tĂ© un petit peu prĂ©curseurs. Ă€ l’époque j’étais secrĂ©taire de l’union locale CGT de Saint-Avold, et on avait un des ronds points gilets jaunes les plus connus de France dont ils avaient parlĂ© Ă la tĂ©lĂ©. Ce n’est pas rien de faire Ă©cho Ă l’échelle nationale pour une ville de 15 000 habitants.Â
Une semaine avant que ne commence le mouvement des gilets jaunes (le 17 novembre 2018), ils avaient annoncé un plan social. On va à l’usine et en fait tout le monde parle du mouvement, donc on s’est dit avec le syndicat qu’il fallait faire une jonction. Dès le premier rond point, on a appelé tout le monde à venir et c’est un des rares ronds-points où on a vu des gilets rouges. On ne va pas se mentir, ça a été compliqué au début mais on a discuté. Neuhauser c’est une grosse entreprise qui fait vivre un peu la ville juste au-dessus de Saint-Avold, que tout le monde connaît, où tout le monde a travaillé, tout le monde a au moins fait des jobs d’été chez nous. C’est quelque chose qui a touché la population et les gilets jaunes. On y allait tous les jours, on discutait avec eux.
Les gilets jaunes ont mis en place des blocages des camions quand nous étions en grève.
« On rigolait et on se disait que c’était “la Commune de Saint-Avold”, il commençait à y avoir des barricades qui s’installaient sur la route. Pendant 6 heures il y avait un hélicoptère de police au-dessus de nous. »
Christian porta, délégué cgt
Le troisième samedi, le 1er décembre 2018, on est descendu sur le rond-point, on était une cinquantaine de l’usine. On avait ramené des productions de brioches, en grandes quantités, et on faisait aussi signer une pétition.
Mais il y a eu un affrontement ce jour-là … C’est aussi pour ça que le rond-point de Saint-Avold est connu. La police Ă©tait venue nous gazer et les gilets jaunes avaient rĂ©pondu pour garder le rond-point, elle a Ă©tĂ© repoussĂ©e. C’est restĂ© historique. On rigolait et on se disait que c’était “la Commune de Saint-Avold”, il commençait Ă y avoir des barricades qui s’installaient sur la route. Pendant 6 heures il y avait un hĂ©licoptère de police au-dessus de nous. On se disait que s’il y avait ça Ă Saint-Avold il devait y avoir ça dans toute la France, on y croyait vraiment. Puis on a regardĂ© et on s’est rendus compte qu’il y avait surtout Paris, Bordeaux, Toulouse et… Saint-Avold. Du coup on s’est dit que c’était peut ĂŞtre pas la rĂ©volution mais on Ă©tait contents. Au moins on a participĂ©.Â
Depuis il y a toujours eu un lien. En fĂ©vrier 2019, on a organisĂ© une manifestation CGT-Gilets Jaunes. C’était fou de voir ça. Pour les Gilets jaunes, j’étais un gilet jaune, pour les cĂ©gĂ©tistes j’étais un cĂ©gĂ©tiste, et beaucoup de collègues Ă©taient comme moi : avec le gilet rouge Ă l’usine et le gilet jaune sur le rond-point. Pour nous c’était normal. Encore aujourd’hui j’ai des liens avec les derniers gilets jaunes qui restent. C’était un peu la famille. Ă€ chaque rassemblement qu’on faisait ils Ă©taient lĂ , Ă chaque truc qu’ils faisaient nous on Ă©tait lĂ .Â
Vous avez rĂ©ussi Ă arracher la semaine de 32 heures payĂ©es 35 heures. Vous pouvez nous raconter ce combat ? Comment a t’elle Ă©tĂ© mise en place ? Est-ce que vous avez ressenti une amĂ©lioration de vos conditions de travail et de vie suite Ă cela ?Â
Oui. Il faut toutefois préciser que ce ne sont pas les 32 heures que la CGT revendique, c’est-à -dire la semaine à 4 jours. Nous on est dans l’agro-alimentaire, on tourne 7 jours du 7, du lundi au dimanche, donc on fait deux postes le matin, deux postes l’après-midi et deux postes la nuit et après on a 4 jours de repos. Avant on travaillait à 37,5 heures, on était en 4×8 parce qu’on travaillait le samedi-dimanche.
Quand il y a eu la fermeture d’une usine, on a bataillĂ© en disant qu’on Ă©tait contre celle ci et un des projets qu’on proposait c’était la prĂ©retraite Ă 57 ans, et surtout les 32 heures, ce qui a diminuĂ© le temps de travail des collègues tout en augmentant le nombre de postes. C’est ce qui a permis d’éviter des licenciements.Â
C’est une moyenne par mois : avant on faisait 22 postes par mois, maintenant nous n’en faisons plus que 18. On gagne 4 jours de travail par mois, sur une moyenne de cycles. On ne fait plus que 32 heures en moyenne et notre patron ne les rĂ©cupère pas. Au mĂŞme moment, on a rĂ©ussi Ă faire passer des augmentations de salaires, de près de 10%, ce qui est Ă©norme.Â
Personne ne veut l’enlever. Une des craintes des collègues c’est que cette attaque contre des reprĂ©sentants CGT se traduise ensuite contre des attaques contre nos acquis. D’oĂą la grève chez nous : quand bien mĂŞme je suis une figure de proue, ça va bien plus loin que moi, c’est tous les travailleurs qu’ils attaquent. On le voit : Ă peine je suis suspendu, ils essayent de rogner sur les pauses. Ils disent que mes collègues prennent trop de pauses et qu’il faut les diminuer, ce qui est bien rĂ©vĂ©lateur de l’état d’esprit.Â
Il y a en ce moment une grève d’une heure par jour pour les salaires et contre la répression syndicale. C’est un modèle de grève qu’on n’entend pas tout le temps. Vous pouvez nous raconter ?
Ă€ la base on devait partir en grève pour les salaires. Avec l’inflation, on avait de moins en moins d’argent. Notre syndicalisme c’est de se dire : il faut que ça vienne des travailleurs. C’est dans les discussions qu’on a pu avoir avec les collègues qu’on a compris que pour permettre que tout le monde puisse faire grève malgrĂ© les problèmes d’argent, une des techniques qu’on a mise en place c’est de partir avec un minimum d’une heure de grève par poste de travail, comme ça c’est dĂ©jĂ plus facile financièrement.Â
On est dans l’alimentaire, pas dans la mĂ©tallurgie. Ce ne sont pas des voitures que l’on fait, on l’on pourrait arrĂŞter la ligne et revenir après sans que la voiture ait bougĂ©. Si on fait du pain, il y a cinq heures de production. On fait 8 000 Ă 10 000 pièces par heure. Les croissants c’est 50 000 croissants Ă l’heure, dans une seule usine. Ce sont des machines qui les font, avec des Ă©normes lignes de production qui font des centaines de mètres, qui produisent et remballent tout automatiquement. Nous on est des contrĂ´leurs, on surveille. Le fait qu’on arrĂŞte une heure fait qu’ils sont obligĂ©s d’arrĂŞter la production 5 heures avant car sinon ils seront obligĂ©s de jeter, car si ça reste dans le four, ça brĂ»le, si ça reste dans l’étuve, ça gonfle etc. Ça permet de paralyser la production beaucoup plus longtemps, entre 5 et 6 heures pour une heure de grève, c’est l’avantage.Â
Après on ne va pas se mentir, il y a aussi des inconvĂ©nients et des travers : comme il n’y a pas de piquet, il y a moins de discussions, moins d’assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales… Mais c’est une technique qui permet Ă tout le monde de faire grève, mĂŞme s’ils n’ont pas les moyens.Â
Il y aura un rassemblement le 1er mars devant les locaux du groupe, vous pouvez nous en dire plus ?Â
Le premier objectif c’est de dĂ©noncer les attaques contre les syndicats. Depuis 2021, c’est mon troisième entretien disciplinaire. La première c’était pour des vidĂ©os Tiktok, la deuxième c’était pour des tweets. Que des actions syndicales Ă chaque fois. LĂ maintenant ils me disent harcèlement envers la direction, mais en lien avec mon mandat, mon travail n’est jamais visĂ©.Â
Ensuite c’est de faire connaître ce qu’il se passe. Personne ne connaît InVivo alors que c’est ultra-influent dans l’agro-business. Thierry Blandinières mais surtout Sebastien Graff leurs ennemis principaux ce sont la France Insoumise et Sophie Binet. Le deuxième passe vraiment son temps à tweeter contre ces personnes-là . Quand Marine Tondelier, Sandrine Rousseau ou Les Soulèvements de la Terre prennent une position, mon DRH retweete en disant que c’est n’importe quoi etc. Ce n’est pas anodin. C’est parce qu’il a des intérêts dans les méga bassines. C’est parce qu’InVivo et Soufflet ce sont la même chose, c’est une filiale. InVivo a racheté Soufflet, qui appartenait à Neuhauser. Toutes les productions qui sont faites là où il y a les mégabassines qui sont en train de se faire vont au port fluvial céréalier de la Rochelle, qui appartient à mon patron. Ils ont des intérêts économiques dans ces projets de mégabassine.
MalgrĂ© tout ça, ça faisait depuis 2014 qu’il n’y avait pas eu un article contre InVivo. Et maintenant LibĂ©ration, Basta Mag, vous, de plus en plus de mĂ©dias, commencent Ă s’y intĂ©resser. Il y a eu le Salon de l’agriculture et une crise de l’agriculture et on commence Ă faire les liens. On parle beaucoup de la grande distribution mais pas beaucoup de l’agro-alimentaire et du rĂ´le des entreprises de l’agro-business.Â
» On parle beaucoup de la grande distribution mais pas beaucoup de l’agro-alimentaire et du rôle des entreprises de l’agro-business. »
Christian Porta, délégué cgt
On veut donc rappeler les mĂ©thodes antisyndicales et anti-Ă©colos du groupe.Â
On envoie une dĂ©lĂ©gation d’une vingtaine de camarades Ă Paris devant le siège pour dĂ©noncer et faire un premier rassemblement. On sera en grève toute la journĂ©e Ă l’usine. Une petite dĂ©lĂ©gation de Reims et d’autres camarades de la CGT InVivo viennent aussi.Â

Vous liez mĂ©thodes syndicalisme et Ă©cologie.Â
Ça va bien ensemble. On a un intérêt en commun, il faut arrêter d’opposer la fin du mois et la fin du monde, c’est lié, on a tout intérêt à mener des batailles ensemble. En tant que travailleurs on doit être en capacité de proposer un programme hégémonique. C’est important de montrer qu’on est capable de faire front uni.
Moi par exemple ça ne me rĂ©jouit pas quand j’apprends que mes patrons, c’est en partie Ă cause d’eux, qu’on jette encore du glyphosate alors que j’ai des champs juste Ă cĂ´tĂ© de chez moi…Â
Comment peut-on aider ?Â
Plusieurs choses.Â
On va sĂ»rement faire une campagne de boycott contre les produits de l’usine (pains et croissants Lidl par exemple). Il y a des comitĂ©s de soutien qui sont en train de se monter Ă Saint-Avold, Ă Metz, peut-ĂŞtre Ă Paris. Si des gens veulent s’investir et donner un coup de main, ils peuvent faire des comitĂ©s de soutien.Â
Ensuite il y a la caisse de grève que vous pouvez soutenir. Le lien est disponible ici.Â
» Depuis la réforme des retraites, plus de 1000 cégétistes ont été inquiétés soit par la police, soit par leurs patrons »
Christian porta, délégué cgt
Enfin il faut partager tous ces articles qui sortent qui parlent du rĂ´le d’InVivo, faire connaĂ®tre ces attaques antisyndicales. Ce que je subis ce n’est pas juste moi. Depuis la rĂ©forme des retraites, plus de 1000 cĂ©gĂ©tistes ont Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©s soit par la police, soit par leurs patrons. J’étais au MĂ©dia TV avec Nicolas Pereira, qui est secrĂ©taire d’union locale comme moi mais Ă Roissy, qui vient de se faire licencier par TransDev. Des syndicalistes combatifs, il y en a plein qui se font virer en ce moment. Il y a une Ă©norme rĂ©pression qui est en train de se faire, une attaque nationale : Sophie Binet disait que c’est une attaque anti-syndicale qu’on n’a pas vu depuis la seconde guerre mondiale. Il faut donc qu’on ait une rĂ©ponse nationale d’envergure. Ce n’est pas anodin : on est en inflation, le gouvernement prĂ©pare des attaques Ă l’automne et veut nous manger avec une nouvelle loi travail, renier nos acquis sociaux. Il va falloir dès maintenant batailler sinon on va ĂŞtre cuits Ă l’automne.Â
À VOIR OU LIRE ÉGALEMENT :
Rob Grams
Co-rédacteur en chef
Plus d'articles


Droit et lutte de classes – Entretien avec l’avocate Elsa Marcel
Rob GramsEntretienVidéoElsa Marcel est avocate au barreau de Paris et militante au Collectif d’Action Judiciaire et à Révolution Permanente. Elle s’est notamment faite connaître pour ses interventions médiatiques remarquées où elle cloue le bec aux éditocrates bourgeois. Dans le cadre de l’invitation de l’équipe de Frustration Magazine à l’université d’Eté de Révolution Permanente, nous avons parlé avec elle du Collectif d’Action Judiciaire, de l’indépendance de la justice, de la « justice de classe » et des [...]

Pourquoi nous sommes tous des paysans en colère
Nicolas FramontÉditoDepuis plusieurs mois, le monde paysan est en ébullition : au début cantonné à plusieurs journées d’action organisées par les puissants syndicats patronaux FNSEA et Jeunes Agriculteurs, il s’est transformé en mouvement de colère un peu plus spontané qui met en œuvre des actions choc de blocage des flux de circulation, en particulier dans le Sud-Ouest du pays. Dans le reste de la population, on pointe – à juste titre – l’attitude des autorités locales et nationales qui auraient été bien [...]