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Entretien avec Pascal Boniface : “Le conflit israĂ©lo-palestinien n’est pas avant tout un conflit religieux”


Le 7 octobre 2023, le Hamas, groupe armĂ© islamiste de la bande de Gaza a lancĂ© des attaques tuant au moins 1300 personnes, pour l’essentiel des civils israĂ©liens. À la suite de cette attaque, l’État d’IsraĂ«l a bombardĂ© la bande de Gaza tuant au moins 2 200 Palestiniens, lĂ  aussi une majoritĂ© de civils. 

Sur le conflit israélo-palestinien, la plupart des médias généralistes ne nous semblent pas remplir correctement leurs missions : absence de remise en contexte, traitement purement émotionnel, deux poids deux mesures, alignement sur la position du gouvernement, invitations de personnalités médiatiques sans aucun lien ou connaissances particuliÚres du sujet, diabolisation des opinions divergentes


Pour prendre du recul, nous pensons qu’il est mieux de s’adresser Ă  des personnes dont c’est le domaine d’expertise, qui ont rĂ©ellement travaillĂ© sur les sujets dont ils parlent. Nous avons donc eu la chance de pouvoir Ă©changer avec Pascal Boniface, un des experts français les plus reconnus en gĂ©opolitique.
Dans cet entretien nous revenons avec lui sur l’origine de la crise, le contexte, ainsi que sur les mots qui font dĂ©bat en ce moment (“terrorisme”, “rĂ©sistance”, “apartheid”, “nettoyage ethnique” “droit de se dĂ©fendre” etc).  

Pascal Boniface est le fondateur et prĂ©sident de l’Institut de relations internationales et stratĂ©giques (IRIS). Il est l’auteur de dizaines d’ouvrages. Ses plus rĂ©centes parutions sont Guerre en Ukraine, l’onde de choc gĂ©opolitique (Édition Eyrolles, 2023), GĂ©ostrategix : La gĂ©opolotique mondiale de 1945 Ă  nos jours illustrĂ© par Tommy (Dunod, 2022) et l’Atlas des crises et des conflits co-Ă©crit avec Hubert VĂ©drine (Armand Collin, 5Ăšme Ă©d. 2021)  
Pascal Boniface anime Ă©galement une chaĂźne Youtube oĂč il rend la gĂ©opolitique accessible au plus grand nombre. 

Le 7 octobre 2023 le Hamas a lancé des attaques de grande envergure contre Israël, essentiellement contre des civils, ce qui marque le début une nouvelle crise dans le conflit israélo-palestinien. Quel est selon vous le déclencheur ?

Cette crise-ci a Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e par les attaques du Hamas du 7 octobre mais on peut dire que le conflit dure depuis longtemps et que les violences, notamment d’IsraĂ«l envers les Palestiniens, existaient avant les attaques du Hamas puisqu’un certain nombre de Palestiniens ont Ă©tĂ© tuĂ©s, y compris en Cisjordanie. 

Selon vous, le conflit israélo-palestinien est-il un conflit religieux ? Est-ce la bonne approche ? 

Pas du tout : ce n’est pas avant tout un conflit religieux, c’est un conflit politique et territorial.
Les IsraĂ©liens ne veulent pas convertir au judaĂŻsme les Palestiniens, et les Palestiniens, qui sont majoritairement musulmans et minoritairement chrĂ©tiens, ne veulent ni convertir les IsraĂ©liens Ă  l’Islam, ni au christianisme. 

C’est un conflit politique pour des territoires. L’origine du conflit n’est pas religieuse. 

Qu’est-ce que le Hamas ? Comment analysez-vous son Ă©volution ? 

Le Hamas est un mouvement religieux islamiste qui n’accepte pas les Accords d’Oslo (ndlr : les Accords d’Oslo, signĂ©s en 1993, ont Ă©tabli un cadre pour la rĂ©solution du conflit israĂ©lo-palestinien en introduisant des principes d’autonomie palestinienne et de coopĂ©ration Ă©conomique entre IsraĂ«l et l’AutoritĂ© palestinienne). Il refuse que le territoire palestinien soit divisĂ© entre un pays arabe et IsraĂ«l, veut la destruction de l’État d’IsraĂ«l et que les Palestiniens s’établissent sur l’ensemble de la Palestine mandataire (ndlr : pĂ©riode entre les deux guerres mondiales lorsque la rĂ©gion historique de la Palestine Ă©tait sous mandat britannique). 

« Le processus de paix a Ă©tĂ© tuĂ© Ă  la fois par les assassins de Yitzhak Rabin et les attentats du Hamas  Â»

Pascal boniface

Le Hamas a commis des attentats pendant que les Accords d’Oslo Ă©taient encore en vigueur pour affaiblir le processus de paix et il y est parvenu. Les attentats du Hamas sont venus affaiblir le camp de la paix en IsraĂ«l. Ils ont donnĂ© un prĂ©texte Ă  ceux qui, en IsraĂ«l, refusaient les Accords d’Oslo, comme Ariel Sharon (ndlr : Premier Ministre d’IsraĂ«l de 2001 Ă  2006) et Benjamin Netanyahu (ndlr : Premier Ministre d’IsraĂ«l de 1996 Ă  1999, de 2009 Ă  2021, puis de nouveau depuis le 29 dĂ©cembre 2022), pour s’attaquer Ă  l’AutoritĂ© Palestinienne (ndlr : gouvernement intĂ©rimaire Ă©tabli en 1994 dans le cadre des accords d’Oslo, responsable de l’administration des territoires palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza) y compris quand c’est le Hamas qui faisait des attentats.

Comme par la suite les Accords d’Oslo n’ont pas dĂ©bouchĂ©s, le Hamas a dĂ©clarĂ© qu’il avait dit depuis le dĂ©part que ces accords menaient Ă  une impasse.
Donc en 2007, le Hamas a fait un coup de force Ă  Gaza pour chasser l’AutoritĂ© Palestinienne, mais en mĂȘme temps, aussi, en 2006, ils ont gagnĂ© les Ă©lections. À partir de lĂ  les pays occidentaux ont dit : le Hamas reprĂ©sente la Palestine et comme on considĂšre que c’est un mouvement terroriste, on ne discute pas avec lui. Les Palestiniens ont rĂ©pondu : mais le Hamas a gagnĂ© les Ă©lections, peut-ĂȘtre, et vous avez fait la guerre en Irak “pour rĂ©tablir la dĂ©mocratie” mais lorsque l’on vote vous n’ĂȘtes pas d’accord avec le rĂ©sultat.

Ensuite le Hamas a continuĂ© de faire des attentats. Le processus de paix a Ă©tĂ© tuĂ© Ă  la fois par les assassins de Yitzhak Rabin (ndlr : Premier Ministre israĂ©lien assassinĂ© le 4 novembre 1995 Ă  Tel-Aviv par un extrĂ©miste juif opposĂ© aux Accords d’Oslo) et les attentats du Hamas. 

Le Hamas défend une idéologie islamiste. Est-ce le cas de tous les groupes politiques palestiniens, armés ou non ?

Non, il y a des mouvements laïcs en Palestine. Le Fatah fondé par Yasser Arafat était un mouvement laïc.
D’ailleurs au dĂ©but IsraĂ«l a plutĂŽt appuyĂ© le Hamas pour affaiblir le Fatah et Yasser Arafat et gĂȘner le mouvement laĂŻc palestinien, qui est aujourd’hui trĂšs diminuĂ©. 

Le mouvement religieux a pris de l’ampleur du fait de l’absence de solutions politiques. La grande erreur initiale, et j’entendais Yossi Beilin, qui Ă©tait le leader du Meretz (ndlr : parti politique de gauche en IsraĂ«l), le dire : il aurait fallu que le retrait de Gaza en 2005 soit nĂ©gociĂ© avec les Palestiniens au lieu d’ĂȘtre rĂ©alisĂ© de maniĂšre unilatĂ©rale par IsraĂ«l. Comme ça n’a pas Ă©tĂ© nĂ©gociĂ© avec l’AutoritĂ© Palestinienne qui Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sidĂ© par Mahmoud Abbas Ă  l’époque, le Hamas a pu triompher en disant que si IsraĂ«l avait quittĂ© Gaza c’était grĂące aux actions de luttes armĂ©es qu’ils avaient menĂ© et que la nĂ©gociation, solution de Mahmoud Abbas, n’avait entraĂźnĂ© aucun rĂ©sultat. Donc cette absence de perspectives et de rĂ©sultats politiques est venue conforter les thĂšses du Hamas et affaiblir l’AutoritĂ© Palestinienne. 

À Frustration, nous nous intĂ©ressons beaucoup aux mots qui sont utilisĂ©s dans les mĂ©dias et le dĂ©bat public. Et certains mots sont sources de controverses actuellement. Le mot terrorisme fait partie de ceux qui ont Ă©tĂ© Ă  l’origine de polĂ©miques. Certains, notamment des cadres de la France Insoumise, mais pas seulement, ont prĂ©fĂ©rĂ© qualifier les exactions commises par le Hamas le 7 octobre dernier de “crimes de guerre”. Qu’en pensez vous ?

Le terrorisme c’est s’attaquer de façon indiscriminĂ©e Ă  des civils pour des raisons politiques. L’attaque du Hamas du 7 octobre est une attaque terroriste. S’ils ne s’étaient attaquĂ©s qu’à des militaires, et mĂȘme s’ils avaient enlevĂ© des militaires, cela aurait Ă©tĂ© une opĂ©ration de guerre, mais Ă  partir du moment oĂč des civils sont atteints, on peut employer le terme de terrorisme. 

Mais des gens vont aussi vous dire : quand IsraĂ«l bombarde, c’est aussi contre des civils de maniĂšre indiscriminĂ©e. Zelensky a qualifiĂ© de “terroriste” la Russie quand elle bombardait les civils. Le terme de terrorisme peut-il s’appliquer Ă  des Etats ou uniquement Ă  des groupes infra-Ă©tatiques ? C’est un dĂ©bat.

« Le terrorisme c’est s’attaquer de façon indiscriminĂ©e Ă  des civils pour des raisons politiques. L’attaque du Hamas du 7 octobre est une attaque terroriste. Â»

Pascal boniface

Le Hamas est reconnu comme organisation terroriste par tous les pays occidentaux. De ce fait, ils ne veulent pas avoir de contacts avec lui. Mais il y a des pays dans le Sud qui ne le considĂšrent pas comme tel, et qui ont donc des contacts avec lui, comme la Russie.

Le Hamas est à la fois une organisation qui commet des attaques terroristes et aussi une organisation politique qui contrÎle le territoire de Gaza. 

On a aussi vu le Hamas ĂȘtre qualifiĂ© de “mouvement de rĂ©sistance”. Dans le domaine de l’étude des relations internationales, le terme rĂ©sistance est-il neutre ? 

Non, le terme de rĂ©sistance est positif, tandis que le terme terrorisme est nĂ©gatif. Donc ce n’est pas la mĂȘme chose. On sait que les rĂ©sistants des uns sont les terroristes des autres mais il existe une dĂ©finition politique du terrorisme : s’en prendre Ă  des civils de façon indiscriminĂ©e – donc il s’agit ici de terrorisme, et pas de rĂ©sistance.

Les notions de “sionisme” et d’“antisionisme” sont aussi mobilisĂ©es. Est-ce que ces catĂ©gories sont les bonnes pour apprĂ©hender cette crise ? 

Elles ne sont pas employées de la bonne façon.

Le discours des institutions officielles juives de France est de dire que l’antisionisme est la nouvelle forme de l’antisĂ©mitisme. En rĂ©alitĂ©, elles confondent la critique politique du gouvernement israĂ©lien et l’opposition Ă  l’existence de l’Etat d’IsraĂ«l. Or la plupart des organisations et des intellectuels qui critiquent la politique d’IsraĂ«l le font parce qu’IsraĂ«l ne met pas en place la solution dite des “deux Etats”, solution qui comprend l’État d’IsraĂ«l. 
Pour ma part, je suis trĂšs critique de la politique israĂ©lienne. J’ai toujours prĂŽnĂ© le droit d’IsraĂ«l Ă  exister dans des frontiĂšres sĂ»res et reconnues, mais celles de 1967, pas celles d’aujourd’hui. Il y a donc une instrumentalisation politique pour empĂȘcher une critique politique du gouvernement israĂ©lien. 

« Le discours des institutions officielles juives de France est de dire que l’antisionisme est la nouvelle forme de l’antisĂ©mitisme. En rĂ©alitĂ©, elles confondent la critique politique du gouvernement israĂ©lien et l’opposition Ă  l’existence de l’État d’IsraĂ«l. Â»

Pascal boniface

Par ailleurs, sur l’antisionisme, il y a des juifs qui sont antisionistes. Certains ultra-religieux pensent que cela peut faire offense Ă  Dieu que de donner un État aux Juifs, qu’ils n’ont pas Ă  avoir un État car ils sont protĂ©gĂ©s par Dieu. 
Il y avait aussi historiquement, mĂȘme s’ils sont plus faibles aujourd’hui, le Bund, la gauche israĂ©lienne, qui considĂ©rait que les Juifs devaient faire la rĂ©volution dans les pays oĂč ils rĂ©sidaient et non pas avoir un pays Ă  eux car cela serait une forme de nationalisme.
Il y a donc des Juifs antisionistes. 

Il y a aussi des gens qui sont antisĂ©mites et antisionistes, et qui appellent Ă  la destruction de l’État d’IsraĂ«l. Le Hamas est Ă  la fois antisĂ©mite, et, antisioniste puisqu’il appelle Ă  la destruction de l’État d’IsraĂ«l. 

« Si je critique l’attitude de Poutine en Ukraine, on ne va pas me dire que je fais du racisme anti-russe  Â»

Pascal boniface

Le problĂšme est que ceux qui disent que l’antisionisme est une nouvelle forme de l’antisĂ©mitisme mettent dans le mĂȘme sac des gens qui s’opposent Ă  l’existence d’IsraĂ«l en tant qu’État et des gens qui estiment que le gouvernement israĂ©lien commet des actes critiquables en empĂȘchant les Palestiniens d’avoir le droit Ă  disposer d’eux mĂȘmes.
Si je critique l’attitude de Poutine en Ukraine, on ne va pas me dire que je fais du racisme anti-russe, mais si je critique l’attitude de Netanyahu Ă  Gaza, on va dire que je suis antisĂ©mite. 

Un autre mot est source de dĂ©bat, celui d’ “apartheid”. C’est ainsi que certains experts et ONG, comme Amnesty International, qualifient la situation auxquels sont soumis les Palestiniens. Ce terme vous semble-t-il dĂ©crire correctement la situation ? 

Il y a une situation inégalitaire. Il y a deux cas à distinguer : les Arabes ayant la nationalité israélienne et les Palestiniens. 

Les Arabes israĂ©liens ont moins de droits que les Juifs israĂ©liens et sont soumis Ă  des formes de discriminations. Ils ont le droit de vote mais une nouvelle loi dit qu’IsraĂ«l est “l’État des Juifs” et non plus l’État de tous les IsraĂ©liens : c’est un changement.   

« On ne peut pas dire que les habitants de JĂ©rusalem Est et de Cisjordanie sont libres de leurs mouvements et de leurs vies, donc dans tous les cas il y a une trĂšs forte discrimination et ils sont empĂȘchĂ©s de se dĂ©placer librement. Â»

Pascal boniface

Par rapport Ă  la Palestine, il y a un combat idĂ©ologique car si on emploie le terme “apartheid” cela fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’Afrique du Sud. Pour les IsraĂ©liens ce serait une dĂ©faite politique. Mais le terme “apartheid” a Ă©tĂ© utilisĂ© par des ONG israĂ©liennes, par Amnesty International et Ă©galement par l’ancien responsable des Services IsraĂ©liens. On ne peut pas dire que les habitants de JĂ©rusalem Est et de Cisjordanie sont libres de leurs mouvements et de leurs vies, donc dans tous les cas il y a une trĂšs forte discrimination et ils sont empĂȘchĂ©s de se dĂ©placer librement.

On constate que l’utilisation du terme “apartheid” est de plus en plus frĂ©quente. Elle est refusĂ©e par les IsraĂ©liens et les pays occidentaux car cela voudrait dire qu’ils soutiennent une politique d’apartheid mais elle est utilisĂ©e de plus en plus souvent par des gens qui n’ont rien d’extrĂ©mistes, y compris des IsraĂ©liens. 

Le “droit absolu Ă  se dĂ©fendre” est aussi une expression qu’on a beaucoup entendu Ă  propos d’IsraĂ«l. 

Israël a le droit de se défendre, comme tout pays.

Mais on ne parle jamais du droit des Palestiniens Ă  se dĂ©fendre. Je ne parle pas ici du terrorisme, mais mĂȘme en dehors du terrorisme, ce droit n’est jamais Ă©voquĂ©. On ne parle que du droit d’IsraĂ«l Ă  se dĂ©fendre mais jamais du droit des Palestiniens Ă  faire valoir leur dĂ©fense, tout en condamnant le terrorisme.

« On ne parle que du droit d’IsraĂ«l Ă  se dĂ©fendre mais jamais du droit des Palestiniens Ă  faire valoir leur dĂ©fense, tout en condamnant le terrorisme.’‘

Pascal boniface

En tous les cas, mĂȘme si IsraĂ«l, comme tout pays, a le droit de se dĂ©fendre, comme tout pays, il est Ă©galement soumis au droit international et ne doit pas commettre des crimes de guerre.  

Que pensez-vous du traitement médiatique actuel du conflit ?

Cela dépend des médias, mais malgré quelques exceptions, il y a un tropisme pro-israélien ancien dans les médias français, car il y a un tropisme pro-occidental.
En effet il s’agit d’un tropisme civilisationnel : IsraĂ«l fait partie du grand ensemble des pays occidentaux.  

Amnesty International et Human Rights Watch ont rapportĂ© l’utilisation par l’État d’IsraĂ«l du phosphore blanc contre Gaza. Qu’est-ce que cela signifie ? 

Je manque d’élĂ©ments pour le moment mais si l’information est confirmĂ©e, il s’agit d’un crime de guerre. Si c’est avĂ©rĂ© d’autres le documenteront Ă©galement, mais le fait que deux organisations extrĂȘmement importantes, qui n’ont pas toujours la mĂȘme approche, le disent, est un Ă©lĂ©ment Ă  minima prĂ©occupant. 

Il semblerait que ce qu’on a appelĂ© “la solution Ă  deux États” soit considĂ©rĂ©e par un certain nombre d’experts comme une solution qui n’est plus envisageable. Qu’en pensez-vous ? 

Beaucoup disent que du fait de l’implantation de colonies en Cisjordanie, 400 000 colons au minimum, le territoire est dĂ©sormais tellement morcelĂ© qu’il n’est plus possible de crĂ©er un État. On a eu une telle difficultĂ© Ă  expulser 7 000 colons de Gaza en 2005, on voit mal comment on en expulsera plusieurs centaines de milliers aujourd’hui. 
Une solution est de dire “ils restent oĂč ils habitent” et trouver des compensations territoriales pour la Palestine dans le dĂ©sert du NĂ©guev etc.

« Il n’y a pour l’instant aucune volontĂ© politique en IsraĂ«l pour parvenir Ă  une solution. Â»

Pascal boniface

Dans tous les cas, il n’y a pour l’instant aucune volontĂ© politique en IsraĂ«l pour parvenir Ă  une solution. Le problĂšme des Accords d’Oslo, qui ont Ă©tĂ© un immense espoir, est qu’ils se sont accompagnĂ©s de la poursuite de la colonisation. D’un cĂŽtĂ© on disait que la paix Ă©tait possible, de l’autre on la rendait impossible. Le nombre de colons a trĂšs largement augmentĂ© depuis.

Si la solution Ă  deux États n’est pas possible alors il en reste deux autres : soit il y a un État non dĂ©mocratique oĂč les Juifs dominent les Arabes et existe de fait, soit on crĂ©e un État confĂ©dĂ©ral oĂč on mĂ©lange Juifs et Arabes. 


Entretien réalisé par Rob Grams le 18 octobre 2023



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Rob Grams
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Co-rédacteur en chef
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